(Trans)mission : l’écriture entre acte et impact

Journée d’étude, 16 novembre 2017 – Université de Rouen

Organisée par les doctorants du laboratoire ERIAC, EA 4705
Mélissa RICHARD, Léopold REIGNER, Hélène TESSIER

Contact : journeeetudetransmission2017@gmail.com

L’objectif de l’acte d’écriture constitue pour le critique une problématique incontournable. En effet, le désir d’écrire, comme l’appelait Gustave Flaubert, qui sous-entend que l’écrivain est en proie à une idée fixe, ne constitue qu’une explication imparfaite de ce passage à l’acte, et de ses ambitions. Le geste créateur est aussi problématique que la réception de l’oeuvre elle-même, voire davantage. Car si l’objectif premier d’une oeuvre littéraire semble bien a priori d’être lue, la transmission implique nécessairement transformation et déviation.

Toute lecture est nécessairement partielle ou fragmentaire : manquant à saisir tous les aspects de l’oeuvre, a fortiori, elle ne perçoit pas forcément les influences subies par l’auteur. La liberté interprétative engendrée par le décalage entre l’acte d’écriture et la réception de l’oeuvre par le lecteur, témoignage des possibilités multiples d’interprétation du langage écrit, pose la question des objectifs fixés par l’auteur.

En amont, l’auteur, lui aussi lecteur, a intériorisé des idées, des formes et des concepts transmis par la lecture ou le rapport à d’autres médias, et là aussi, ce phénomène d’assimilation implique une déviation. L’étude de la (trans)mission permet donc d’envisager la création en devenir, l’écrivain se trouvant toujours à la jonction de deux grands moments : entre les influences subies par son oeuvre et les lectures interprétatives que cette dernière engendre. Ainsi se propose-t-on d’examiner l’impact de la lecture-écriture, à travers l’analyse d’auteurs de langues et d’époques différentes, et selon deux axes de réflexion : les circonstances du passage à l’acte d’écriture, d’une part, et, de l’autre, les effets du texte sur le lecteur, y compris le lecteur qu’est l’écrivain. On espère du regroupement d’analyses des modalités de la transmission dans des oeuvres de langues et d’époques diverses qu’il permettra d’esquisser une typologie commentée des formes de (trans)mission littéraire. Plusieurs pistes de réflexion sont envisageables, correspondant à ces deux aspects :

Acte d’écriture : Comment appréhender les influences, les mécanismes, transmis à la fois consciemment et inconsciemment, qui permettent l’écriture, qu’ils soient de nature littéraire, religieuse ou encore anthropologique ? Le terme d’acte sous-entend une volonté, le passage du projet à son accomplissement, autrement dit du Vouloir-Ecrire au Pouvoir-Ecrire ou du Désir d’Ecrire au Fait d’Ecrire comme le dit Barthes(La Préparation du roman, Cours et séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), Partie 2, Paris : Seuil, 2003, p. 183). Il s’agira d’analyser les diverses influences qui engendrent un certain type d’écriture, voire simplement l’écriture, ou l’entrée en écriture, pour montrer que l’écrivain ne les maîtrise pas toutes. Quels éléments entrent ainsi en jeu dans la production littéraire ? Qu’est ce qui conditionne l’acte d’écriture ? Une des questions qui tourmente bon nombre d’écrivains est bien celle de la clé de toute productivité. Les oeuvres littéraires peuvent mettre en scène cette recherche ou la figure de l’écrivain en quête. Nombre de textes théoriques se penchent également sur cette question. Ces interrogations pourront servir de fil directeur à l’approfondissement des notions d’acte d’écriture, et de transmission entre reprise, emprunt et intériorisation. Il serait intéressant de pouvoir confronter différentes périodes et pays, du moyen-âge à l’époque contemporaine sous l’angle de la transmission. Des spécialistes de diverses langues (allemand, anglais, italien, espagnol…) seront ainsi appréciés, afin de pouvoir enrichir ensemble nos réflexions grâce aux spécificités et avancées de chacun mais aussi des recherches inhérentes à chaque discipline.

Impact de l’écriture : On se posera aussi la question de l’impact de l’écriture, autre aspect de la trans(mission). L’impact de l’oeuvre ne se confond pas avec l’intention de son auteur, et l’on pourra étudier leurs divergences, ainsi que les visées de l’écriture, d’ordre personnel ou public. Le désir de faire entendre un point de vue novateur, une critique, peuvent conduire un auteur à écrire dans un but didactique ou satirique. En d’autres cas, le souhait d’exprimer une douleur ou une frustration peut se cacher au coeur du projet réaliste. La tentative de recréer la beauté dans l’écriture place quant à elle un idéal esthétique au-dessus de toute préoccupation politique ou critique. Il va sans dire que différents objectifs ou idéaux peuvent se trouver associés au sein d’une même oeuvre, parfois sur un mode conflictuel. Leur analyse devrait permettre d’esquisser une vision plurielle et complexe de la transmission dans et par l’écriture.

Les deux aspects distingués, acte et impact, pourront être traités ensemble ou séparément. Cette journée d’étude s’adresse notamment aux jeunes chercheurs. Les recherches sur des littératures de différentes langues et pays sont les bienvenues afin d’enrichir les réflexions et d’élargir les interrogations sur la notion de transmission dans sa dimension plurielle.

Bibliographie :

   Barthes, Roland, La Préparation du roman, Cours et séminaires au Collège de France (1978-1979 et 1979-1980), Partie 2, Paris : Seuil, 2003.
Bayard, Pierre, Comment parler des livres qu’on a pas lus, Paris : Éditions de Minuit, 2007.
Bloom, Howard, L’Angoisse de l’influence, Paris : Les Editions Aux forges de Vulcain, 2013 (publication originale 1973)
Fraenkel, Béatrice, « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage et société, 3/2007 (n° 121-122), p. 101-112.
Genette, Gérard, Palimpsestes, Paris, Seuil, 1982.
Thirlwell, Adam, Le Livre multiple, Paris : Éditions de l’Olivier, 2014.
Benjamin, Walter, « L’auteur comme producteur », Essais sur Bertolt Brecht, Paris : Maspero, 1969 (publication originale 1966).

CALENDRIER :
Date limite d’envoi des propositions : 15 juin
Annonce de la sélection : 30 juin
Programme définitif : septembre 2017
Date de la journée d’étude : 16 novembre 2017

INFORMATIONS :
Langue de communication : français
Durée des communications : 25 min
[Le transport et l’hébergement sont à la charge des participants. Les pauses-café et le repas seront offerts.]

ENVOI DES PROPOSITIONS DE COMMUNICATION :
Afin de soumettre votre proposition de communication, sous forme d’un résumé de 200-300 mots accompagné d’une brève notice biobibliographique, nous vous prions de nous joindre à l’adresse électronique suivante :

journeeetudetransmission2017@gmail.com

Comité scientifique : Anne-Laure Tissut (Pr. littérature américaine), Miguel Olmos (Pr. Littérature espagnole), Françoise Rétif (Pr. Littérature germanique)

Organisateurs :
Mélissa RICHARD, Léopold REIGNER, Hélène TESSIER

APPEL PDF : Transmission – appel à communication
AFFICHE PDF : affiche Transmission