2 – Formes, expériences, interprétations

Coordinateurs : Philippe Brunet (8; dramaturgie grecque, traduction), Miguel Olmos (14e, littérature espagnole et critique littéraire), Anne-Laure Tissut (11e, littérature nord-américaine, traduction).

Participants : Cl. Auvray-Assayas (8e), G. Bardascino (14e), C. Baroin (8e), A. Besnault (11e), Fl. Davaille (9e), M. Deramaix (8e), B. Douglas (11e), V. Douglas (11e), I. Gassino (8e), A.-F. Gillard-Estrada (11e), S. Gondouin (14e), C. Lamiot (11e), M. Lucciano (8e), M. Martinez (11e), R. Magras (14e), Cl. Marion-Andres (14e) O. Monthéard (11e), Ch. Pestrinaux (14e), M. Schonbuch (14e), M. Torres (14e), A. Vial (8e), G. Vagenheim (8e), K. Winkelvoss (12e). Associés : G. Del Noce (univ. de Naples, 8e), S. Faubert (univ. du Havre, 14e), D. Kasprzyk (univ. de Brest, 8e), S. Lascaux (univ. du Havre, 14e), A.N. Muikilu (univ. catholique du Congo, 9e), G. De Rosny (8e), C. Vignali (univ. de Savoie, 14e), L. Volna (litt. anglophone et tchèque).

Ce programme de recherche est structuré en quatre « pôles » : 1. Le sujet de la littérature ; 2. L’œuvre en contexte : Histoire, société, genre ; 3. Voix, scènes, rythmes ; 4. Interprétation, critique, humanités, traduction. Les recherches de cette équipe portent plus particulièrement sur les constructions historiques, le genre, la question de la voix et du rythme, les thématiques du conseil, de l’écoute et de l’interprétation, ainsi que sur la question des humanités et de leur définition. Par ailleurs, plusieurs participants à ce programme travaillent sur des éditions critiques, sur la mise en scène d’œuvres classiques ou contemporaines, ou encore sur des enregistrements de performances, de représentations, de lectures, traitées en vue d’une diffusion plus large. D’autres chercheurs développent travaux en réseau autour de la traduction et de la confection de bibliothèques virtuelles et envisagent plusieurs colloques, rencontres et journées d’étude, dont l’objectif est la production d´ouvrages électroniques et imprimées. Il est prévu que le séminaire annuel (dont la responsabilité revient chaque année à de nouveaux collègues en fonction des thèmes retenus) se termine par une journée d’étude dressant le bilan des activités. Au final, ces rencontres ont pour but de faire apparaître des convergences et de les interroger, en poursuivant un dialogue qui ne se limite pas aux seuls spécialistes de littérature.

À travers les activités de ce programme, on se propose d’abord d’explorer l’interaction entre le texte littéraire et les acteurs de son existence, sous des formes très variées, à des moments divers, de la création à la réception, à la recréation, à l’actualisation ou à la critique textuelle et herméneutique. L’expérience subjective ou collective se traduit dans l’œuvre, fût-ce de la manière la plus lointainement dérivée. Ainsi le texte contribue-t-il à redistribuer les rapports de force façonnant l’identité individuelle et animant un ou des groupes sociaux. Le rôle des femmes, notamment, s’est constitué, en divers lieux et temps, en partie à travers l’œuvre littéraire, qui le remet en question alors même qu’elle entreprend de le représenter. Plus largement, la représentation de l’individu évolue dans le champ littéraire de conserve avec l’avancée de la psychologie et d’autres sciences humaines. La connaissance, et en particulier la connaissance de l’être humain, ne se constitue pas à l’écart de la littérature, mais en intègre le champ, où elle puise autant qu’elle l’influence. On interrogera donc les représentations littéraires de l’émotion, soit en quête d’une immédiateté érigée en idéal esthétique soit mise à distance par le biais de modes comiques comme l’humour ou l’ironie, mais on pourra également s’attacher aux émotions qu’induit le texte littéraire. De même, l’œuvre expose l’individu, dans la solitude de son intimité ou dans le cadre de la société, et du même geste remet sans cesse en jeu sa position comme sa définition. Un second volet prendra pour objet les transformations de l’œuvre littéraire au contact de ses destinataires: transpositions subjectives et intersubjectives, appropriations, enfin, réponses, critiques et créatives, que suscite l’œuvre, dans leur diversité. Cette diversité tient à celle des destinataires de l’œuvre : lecteurs, spectateurs, auditeurs, mais aussi acteurs, récitants, adaptateurs, interprètes, critiques ou écrivains, sans oublier les idéologues, les philologues, les philosophes ou les historiens. En outre, le contact avec l’œuvre a toujours lieu dans un contexte donné, de nature socio-historique, culturelle ou encore genrée, qui toujours conditionne en partie l’appréhension de l’œuvre et son devenir. Selon quelles voies les diverses expériences faites de l’œuvre conduisent-elles à la production d’autres textes littéraires, ainsi que de discours critiques et herméneutiques visant à rendre compte des formes littéraires ?

La forme matérielle de l’œuvre littéraire offre un espace d’échange, entre texte et vie, dans leurs innombrables aspects : le texte reflète la vie, et, en modifiant certaines conditions de cette dernière, y joue aussi un rôle créateur. Cette interaction parfois fait événement, dont l’irruption imprévisible ne va pas, tôt ou tard, sans conséquences esthétiques, historiques, ou même sociales et économiques, que ce soit sur le plan collectif ou dans la sphère individuelle, voire intime. La réponse à l’œuvre se module donc en fonction de la configuration très variée des récepteurs, ainsi que de la dimension temporelle, géographique, sociologique ou culturelle de la période de réception examinée. Pourtant, l’expérience esthétique, et plus spécifiquement littéraire, n’est ni immédiate ni passive. Les sensations éprouvées au contact de l’œuvre toujours influent sur la signification que l’on attache à cette dernière, sur un mode forcément éphémère. L’expérience esthétique ne peut se donner pour acquise une fois pour toutes. D’un côté, l’expérience de toute œuvre est renouvelable grâce à ses interprétations successives, qu’il s’agisse de relectures, de performances, de représentations, de vocalisations, de mise en scène, avec toutes les possibilités qu’elle offre, avec ou sans changement de support (de la voix à l’écrit, au lyrique ou à l’image ; de l’écrit à la scène, aux salles de cinéma ou à l’enregistrement). D’un autre côté, l’expérience littéraire se trouve également à l’origine d’autres textes : discours critiques d’une part, qui examinent le sens des œuvres en proposant pour elles des critères d’évaluation normative, de l’autre, nouvelles productions littéraires, parfois par le biais d’une hybridation créatrice des formes et des genres.