La réinvention des représentations du Nouveau Monde dans la trilogie sur la conquête de l’Amérique de William Ospina

Date : 27 avril 2021
Horaire : 16h30-18h00
Lieu : Visioconférence

Cédric Jugé est depuis 2012 professeur agrégé d’espagnol au Lycée polyvalent international de Ferney-Voltaire (Ain, Académie de Lyon). En décembre 2019, il a soutenu sa thèse de Doctorat en Langues et Littératures romanes à l’Université de Nantes. Son travail (dirigé par M. Jean-Marie Lassus) s’intitulait « Espaces, mythes et récits de la conquête du Nouveau Monde dans la trilogie de l’Amazone de William Ospina : Ursúa (2005), El País de la Canela(2008) et La serpiente sin ojos (2012).

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Dans Ursúa (2005), El País de la Canela (2008) et La serpiente sin ojos, les trois romans de la trilogie sur la conquête du Nouveau Monde de William Ospina, l’histoire est un prétexte pour repenser les fondements de la Colombie, reconstruire son imaginaire et réorienter son identité et sa conscience collective. Dans le contexte d’un XVIe siècle où les frontières et les cartes du Nouveau Royaume de Grenade sont encore incertaines, l’écrivain colombien soulève le problème de la représentation de l’Amérique dans sa singularité physique et culturelle. Ce questionnement géographique de l’expérience historique, dénonçant le « recouvrement » du Nouveau Monde, aboutit au constat de l’inadéquation du rapport culture-nature hérité de l’Espagne conquérante. La réécriture fictionnelle des expéditions sur l’Amazone d’Orellana et d’Ursúa offre alors l’opportunité d’une réinvention de l’Amérique, qui permet au récit d’instaurer une nouvelle relation de  « l’être américain » avec son monde. S’appuyant sur une géographie culturelle intégratrice, ouverte aux manifestations des imaginaires européens et indiens, William Ospina réintègre les interprétations mythiques du territoire. Pour renverser la perspective occidentale eurocentrée, c’est donc le mythe, considéré en tant que rêve de l’humanité et expression poétique de l’univers, qui découvre la profondeur intime de l’espace américain. Désormais, le récit obéit à un idéal porté par Cristóbal de Aguilar y Medina, le narrateur métis de la trilogie. Par son intermédiaire, à partir des vestiges des cultures passées et de leurs imaginaires géographiques, l’écrivain colombien restaure une certaine continuité culturelle. Un autre monde émerge de cette « Amérique Métisse », issu d’un nouveau processus d’abstraction de la « réalité physique ». Mise en exergue des enjeux de la représentation spatiale, les éléments cartographiques, parfois paratextuels, introduisent alors une possible transformation de la mémoire collective dont le texte, manifestation verbale de la nouvelle expérience géo-historique du Nouveau Monde, témoigne. Pour surmonter la fragmentation culturelle, le narrateur métisse articule donc l’expérience historique en lieux imaginaires. Cette géographie d’un monde dès lors fictionnel évoque la succession des faits, mais se substitue à leur chronologie pour créer un espace commun de communication : une langue américanisée et un univers symbolique hispanique transformé. En ce sens, la trilogie est une véritable aventure poétique de l’imagination créatrice et du langage, mais les romans se structurent autour d’une mémoire et de symboles au service d’un discours sur la communauté colombienne. En réalité, en « métissant » les imaginaires et en « naturalisant » la langue espagnole, William Ospina s’essaie à rénover poétiquement l’univers symbolique colombien et à construire une nouvelle sensibilité. Le mythe de l’El Dorado en est la clé de compréhension essentielle et, en lui conférant une pérennité transcendante, il devient même le symbole d’un projet historique et culturel actualisé, un mythe identitaire où fusionnent les traumatismes coloniaux du passé avec les défis du présent : l’écrivain colombien légitime ainsi l’affirmation d’un « idéal politique » spécifique à la Colombie, auquel il assigne ses rêves humanistes.

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