Néoleibnizianisme(s)? De Herbart à Cassirer
Sous le titre « Néoleibnizianismes ? », ce séminaire n’entend pas introduire un nouvel « -isme » dans l’histoire de la philosophie mais étudier et interroger les diverses manières dont des problèmes, concepts ou schèmes tirés de la métaphysique de Leibniz ont pu être mobilisés, réinterprétés, actualisés en contexte critique, depuis Herbart et Lotze, jusqu’à Husserl et Cassirer.
En 1922, Bernard Groethuysen affirme qu’« il se pourrait que Leibniz joue dans la philosophie à venir le rôle que Kant a joué dans la seconde moitié du XIXe siècle. » Mais en même temps, les nouveaux usages de Leibniz se jouent précisément dans le rapport à Kant : Cassirer et sa Philosophie des formes symboliques vont bientôt tirer de la métaphysique leibnizienne des schèmes éclairant les développements les plus récents des sciences, de la mathématique aux sciences de la culture. En 1920, Dietrich Mahnke, auteur d’une Nouvelle monadologie et élève de Husserl, publie un article intitulé « La renaissance de la conception du monde leibnizienne » pour défendre la nécessité d’une « synthèse de Kant et de Leibniz » sous la forme d’un double mouvement d’« extension métaphysique de la philosophie transcendantale » et d’«approfondissement transcendantal de la métaphysique rationnelle ». Ce faisant, Mahnke ne pense pas seulement à son propre programme de recherche, mais entend expliciter une « aspiration du présent », visible dans les efforts de la philosophie contemporaine pour dépasser les dualismes être/valeur, bios/logos, individuel / universel.
Mais s’agit-il seulement un « moment leibnizien » ? Tourner les regards vers le XIXe siècle (Herbart, Lotze, Dilthey, Brunschvicg…) démontrera au contraire que les racines de ces efforts pour confronter Kant et Leibniz en cherchant à résoudre par là les difficultés philosophiques du présent est un geste très ancré dans la philosophie allemande comme française. Pourquoi une telle constance, au sein de courants par ailleurs en eux-mêmes si distincts ? Pourquoi Leibniz serait-il nécessaire pour éclairer Kant ? Peut-on parler, par contraste, mais peut-être aussi en complémentarité avec les « néokantismes », de « néoleibnizianismes » ?
Il est organisé par Matthieu Amat, Charlotte Morel et Dominique Pradelle, et soutenu par l’UMR Pays Germaniques (CNRS/ENS/PSL) et l’ERIAC (UR 4705, Université de Rouen Normandie).
Programme
15 octobre 2026
Séance inaugurale – demi-journée d’étude Dietrich Mahnke : métaphysique, phénoménologie et philosophie des mathématiques (14h-18h, salle Paul Langevin, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris)
14h15 – Francesco Neri (Pisa), « La Nouvelle Monadologie de Mahnke : la trame phénoménologique d’une œuvre complexe »
15h00 – Andrea Altobrando (Università degli Studi di Padova), « De la conscience pure à la cosmologie phénoménologique. Le développement des idées husserliennes chez Mahnke et ses implications phénoménologiques »
16h15 – Michel Fichant (Sorbonne Université) – « La représentation baroque : la Leibnizen Synthese de Dietriche Mahnke »
17h00 – David Rabouin (CNRS, Sphère) – « Mathématique et philosophie leibniziennes d’après Mahnke »
Les séances suivantes se tiendront les jeudis de 16h à 18h, salle Cavaillès, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris.
5 novembre 2026
Andrea Ariotto (Sorbonne Université / Università degli studi di Torino), « Leibniz dans la préhistoire du criticisme : l’interprétation de Paul Natorp »
3 décembre 2026
Charlotte Morel (CNRS, Pays Germaniques), « Hermann Lotze : réalisme kantien ou idéalisme leibnizien ? »
14 janvier 2026
Marion Marchal (Sorbonne Université), « Y a-t-il un néo-leibnizianisme brunschvicgien ? »
11 février 2026
Jean-François Goubet (Université de Lille), « Pourquoi Herbart n’est-il pas un néo-leibnizien ? »
11 mars 2026
Jean-Claude Gens (Université Bourgogne Europe), « La lecture diltheyenne de Leibniz »
1er avril 2026
Jean Seidengart (Université Paris Nanterre), « Comment Cassirer est-il parvenu à intégrer les concepts de symbole propres à Leibniz et à Kant dans celui de forme symbolique ? »
L’ERIAC sur HAL