
ERIAC - UR 4705
Université de Rouen Normandie
1 rue Lavoisier
76821 Mont-Saint-Aignan cedex
France
Né en 1955 à Grenoble, professeur certifié, puis agrégé de Lettres classiques, retraité depuis 2016, Claude Gontran a soutenu deux thèses à Rouen, l’une, de grec, en 2006, sous la direction de Laurence Villard, sur l’Œdipe roi de Sophocle, l’autre, de philosophie, en 2020, sous la direction d’Annie Hourcade, sur la dimension pratique du matérialisme d’Épicure. De ces travaux sont issus trois ouvrages : Langue du tyran, langue de la cité, en 2019, aux Presses universitaires de Rouen et du Havre ; Pour une relecture d’Épicure et L’épicurisme antique après Épicure, aux éditions L’Harmattan, en 2024.
Un double intérêt commun traverse ces deux domaines de recherche si différents par ailleurs : la dimension pratique de la pensée et la question de la langue. Donner une portée pratique à sa pensée, ancrée dans la vie sociale, plutôt que de la tourner vers une spéculation détachée des préoccupations matérielles de l’existence, implique, pour Sophocle comme pour Épicure, comme pour beaucoup d’autres penseurs grecs, une interrogation sur la place de la langue dans la vie collective, selon des approches bien différentes.
Quand Sophocle s’intéresse à la langue comme expression de la cité, alors qu’Œdipe s’en croit le détenteur privilégié, Épicure, dans un contexte historique profondément bouleversé, retrouve à travers la prolepse, par-delà cette question de la langue, son fondement antique : l’amitié comme lien social transcendant le cadre dépassé de la cité, et socle anthropologique de toute vie sociale dans une compréhension collective des fins de la nature.
La recherche de l’auteur se concentre sur Épicure, et notamment sur le Livre XXV De la nature. Ses orientations principales sont la portée pratique de son matérialisme ; l’importance de la prolepse dans ce cadre ; le rôle clé, notamment, de la prolepse de « l’être indestructible » (et non pas « immortel » ce qui est très différent) « et bienheureux », qui ne se limite pas à une représentation du dieu mais concerne l’homme vivant dans les liens de l’amitié. Cette approche veut se référer au seul Épicure, et considère que des disciples comme Lucrèce et Philodème, ont perdu de vue la portée politique de la vie selon l’amitié prônée par le maître du Jardin et lui ont substitué, sous la pression de l’État et de la société hellénistique puis romaine, ainsi que de l’idéologie dogmatique stoïcienne, l’idéal d’un sage épicurien ou d’un « bon roi » ayant à charge de soigner ou de guider tant bien que mal une humanité malade.
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