Cette journée, organisée par Daphné Cousin-Martin, Laura Cacheiro Quintas et José Vicente Lozano le 9 juin 2026 à l’université de Rouen Normandie, vise à dégager de nouveaux angles d’étude concernant la synesthésie, et à interroger les expressions contemporaines de la synesthésie, leurs apports dans une variété de genres, de langues et d’approches métalinguistiques, ainsi que leur traduction. Elle s’inscrit dans une série d’événements scientifiques qui auront lieu en 2026 et 2027 dans le cadre du projet « Synesthésie et traduction au 21e siècle » (Axe 4 de l’ERIAC).
Notion centrale depuis le 19e siècle pour les poètes français et belges, mais aussi pour l’esthétique et pour la poétique chez I. A. Richards (1924), chez Henri Morier (1961) en Suisse avec son célèbre Dictionnaire de poétique et de rhétorique, et chez Preminger & Brogan aux États-Unis avec l’incontournable Princeton Guide to Poetry & Poetics (1993), la synesthésie nous interpelle parce qu’elle mobilise nos sens pour sentir le monde, parce qu’elle nous fait participer dans l’acte de percevoir. Grâce à elle, nous réagissons et apprécions les arts. Mais alors qu’en est-il de la synesthésie en philosophie ? En sciences humaines ? En médecine ? La synesthésie serait-elle un don, innée, ou un phénomène neurologique ? C’est une interrogation placée au centre des réflexions de Julia Simner, directrice éditoriale avec Edward Hubbard, du Oxford Handbook of Synesthesia (2013) et autrice du Very Short Introduction to Synesthesia (2019), où elle développe la définition la plus répandue de la synesthésie comme allant plus loin d’une fusion des sens. L’acceptation « faible » (weak synesthesia, Lawrence E. Marks dans Simner et Hubbard, dir, 2013 : 761-789), consciente et volontaire, se distingue de l’acceptation médicale automatique et involontaire (strong synesthesia). Pour la psychologie cognitive, la synesthésie est universelle, mais également spécifique à chaque culture. Elle peut être rare, mais est présente dans toutes les cultures et dans toutes les langues. Sean Day examine dès 1996 les métaphores synesthésiques les plus fréquentes en prenant en compte les non-synesthètes (1996) et est constitué point de départ pour les recherches plus récentes, telles que celles de L. E. Marks.
La synesthésie, terme emprunté du grec sunaisthêsis, « perception simultanée », lui-même composé de sun, « avec », et aisthêsis, « faculté de percevoir par les sens » comme l’indique l’Académie française, a donc principalement été étudiée en lien avec la condition médicale du synesthète et à la poésie du 19e siècle. Cependant, Charles Nodier (dans Genette, 1976) et I. A. Richards (1924), respectivement à la fin du 19e et début du 20e siècle, s’intéressaient déjà à la notion en relation à la langue et à la littérature. La synesthésie est ainsi fondamentale pour les arts et la littérature, notamment pour les poètes, mais ne s’y limite pas : elle est, plus largement, fondamentale pour l’humain, ses sensations, ses perceptions. La synesthésie est dans la vie, pas seulement dans les livres.
La synesthésie se révèle si omniprésente et déroutante que, malgré un aspect médical dominant (Simner et Hubbard, 2013), ces quinze dernières années marquent un début de vulgarisation du sujet auprès du grand public et un regain d’intérêt pour les recherches sur la synesthésie. En parallèle, la littérature, la linguistique et les Translation Studies se penchent de nouveau sur la synesthésie à la lumière de ces nouvelles recherches (Digonnet, 2018, Linguistique sensorielle ; Cousin-Martin, 2024, Tartan Noir).
Chaque domaine doit trouver une définition et un moyen d’aborder, d’analyser, d’assimiler la synesthésie. Au-delà des domaines, il importe d’interroger la synesthésie en lien avec les cultures et les langues, en prenant en compte le français, l’anglais, l’espagnol ainsi que les autres langues officielles, ou minoritaires, de certains pays. Dans un premier temps, nous penserons, par exemple, à l’Espagne avec l’espagnol et les autres langues officielles, à l’Inde avec le bengali, l’hindi et l’anglais ou à l’Écosse avec l’anglais, le scots et le gaélique, etc.
Les communications dureront une vingtaine de minutes et les langues de communication pourront être l’anglais, l’espagnol ou le français. L’événement aura lieu en présentiel et à distance, sur le campus de Mont-Saint-Aignan, université de Rouen Normandie, UFR LSH, salle A600.
Un résumé de 250 mots avec un intitulé provisoire et une courte notice biographique seront à envoyer avant le 10 mars 2026 à : daphne.c-m@laposte.net et laura.cacheiro-quintas@univ-rouen.fr
La réponse du comité d’organisation sera communiquée le 23 mars 2026 accompagnée d’un programme provisoire.
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Bibliographie indicative
- Aden, Joëlle & Aden, Samuel. « Entre je, jeu et jeux : écoute polysensorielle des langues pour une pédagogie énactive ». Intellectica. Revue de l’Association pour la Recherche Cognitive, no 68, 2017/2, « Langage et énaction : corporéité, environnements, expériences, apprentissages », p. 143-174. DOI : 10.3406/intel.2017.1863
- Cousin-Martin, Daphné. Τraduire l’οuïe et le toucher dans le Τartan Noir : théοries, pratiques et nouvelles technolοgies. Littératures. Thèse de doctorat. Normandie Université, 2024. TEL : tel-04958434
- Day, Sean. « Synaesthesia and Synaesthetic Metaphors ». PSYCHE: An Interdisciplinary Journal of Research On Consciousness, vol. 2(32), 1996. https://journalpsyche.org/files/0xaa40.pdf
- De Córdoba, M. José, et Riccò, Dina (dir.). Sinestesia. Los fundamentos teóricos, artísticos y científicos. Granada, Ediciones Fundación Internacional Artecittà, 2012.
- Digonnet, Rémi. Pour une linguistique sensorielle. Paris, Honoré Champion, 2018.
- Genette, Gérard. Mimologiques. Voyage en Cratylie. Paris, Éditions du Seuil, 1976.
- Grégoire, Michaël. « Signifiant, signifié, saillance(s) : le signe v(éc)u comme action ». Signifiances (Signifying), vol. 2, no 1, 2018, p. 149-169. DOI : 10.52497/signifiances.v2i1.197
- Marks, Lawrence E. « Weak Synesthesia in Perception and language ». In The Oxford Handbook of Synesthesia. Julia Simner et Edward M. Hubbard (éd.), Oxford, Oxford University Press, 2013, p. 761-789.
- Merleau-Ponty, Maurice. Phénoménologie de la perception. Paris, Gallimard, 1945.
- Morier, Henri. Dictionnaire de poétique et de rhétorique. Paris, PUF, 1961.
- Pagès, Stéphane. « L’iconicité phonologique à la lumière des neurosciences cognitives. Un exemple d’application à l’espagnol à travers la théorie des cognèmes (D. Bottineau) ». Synergies Europe, n° 9, 2014, p. 87-105. https://gerflint.fr/Base/Europe9/pages.pdf
- Preminger, Alex & Brogan, Terry V. F. (dir.). The New Princeton Encyclopedia of Poetry and Poetics. Princeton, Princeton University Press, 1993.
- Richards, I. A. Principles of Literary Criticism. Harcourt, Brace & Company Inc, 1924.
- Simner, Julia, & Hubbard, Edward M. (dir.) The Oxford Handbook of Synesthesia. Oxford, Oxford University Press, 2013 (1re éd).
- Simner, Julia. Synaesthesia: A Very Short Introduction. Oxford, Oxford, Oxford University Press, 2019.
- Varela, Francisco J., Thompson, Evan, & Rosch, Eleanor. The embodied mind: Cognitive science and human experience. Cambridge, The MIT Press, 1991.
L’ERIAC sur HAL