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Ρensée, existence, nature humaine. Une relecture de la subjectivité cartésienne
Livia Profeti soutiendra sa thèse intitulée « Ρensée, existence, nature humaine. Une relecture de la subjectivité cartésienne » à l’université de Rouen Normandie le 17 décembre 2024, à 9h00.
Résumé : La thèse part du constat d’une double problématique dans le paysage philosophique contemporain :
1) la remise en question de la notion de nature humaine commune, c’est-à-dire d’un invariant d’origine biologique spécifique à l’espèce ;
2) le rejet parallèle de la notion de sujet.
L’accusation d’abstraction et de manque d’historicité de ces deux notions a été radicalisée à partir des années 1960 par la culture postmoderne qui, sur la base de l’ontologie heideggérienne, a rejeté la notion de sujet et dissous l’idée des Lumières de la nature humaine dans une image entièrement culturelle de l’homme. Cependant, cette double remise en question a inévitablement entraîné la perte d’une idée forte d’égalité, qui a été la base de tous les projets d’émancipation de la modernité, fragilisant ainsi également la défense de l’égalité des droits humains.
Tout en reconnaissant que la conception moderne du sujet, fondée sur la seule raison, n’est pas en mesure de concilier l’égalité et la diversité au sein de l’espèce humaine, la thèse réévalue la théorie cartésienne de l’esprit en mettant en lumière certains aspects jusqu’ici négligés. Elle montre ainsi que la conception cartésienne du cogito est plus large que celle de la raison, quelle que soit l’étendue donnée à ce terme. La thèse montre également que cette conception n’a pas été intégrée à la notion moderne de sujet, basée en revanche sur la consciusness et la personal identity empiristes, et que le projet cartésien d’élaborer une notion spécifiquement philosophique et non théologique d’« âme qui pense toujours » n’a pas été poursuivi par ses successeurs. La notion moderne de sujet ne s’appuie donc ni sur la res cogitans ni sur le cogito cartésiens, tandis que la thèse propose au contraire leur réactualisation, notamment à l’aide de la théorie de la naissance du psychiatre italien Massimo Fagioli, publiée dans les années 1970.
Ce dialogue interdisciplinaire permet d’élaborer de nouvelles conceptions philosophiques de la subjectivité et de la pensée, sur la base desquelles la thèse propose de reconstruire une pensée humaniste capable de soutenir, d’un point de vue idéal, la résistance aux tentatives contemporaines de la part de forces réactionnaires d’imposer des mentalités et des pratiques fondées sur les inégalités et le non-respect des droits humains.
La conception de la subjectivité proposée par la thèse, basée sur la métaphysique cartésienne, est celle d’une substance immatérielle contenant en elle-même le principe de son devenir et dotée d’une pensée sensible en tant qu’essence, qui se développe sans discontinuité. À cette conception cartésienne, la théorie de Massimo Fagioli ajoute la création de la substance-subjectivité à la naissance, ce qui permet d’expliquer son interaction avec le corps et la temporalité de l’existence. Par conséquent, la res cogitans cartésienne prend plus spécifiquement le sens d’une substance immatérielle immanente, c’est-à-dire existentielle, qui se distingue toutefois des conceptions existentialistes du XXe siècle, car l’essence ne précède ni ne suit l’existence : les deux coïncident, en commençant ensemble à la naissance.
La manière dont la substance (l’image intérieure du moi) et son essence (sa pensée en acte, consciente et non) s’articulent permet de justifier le développement des diversités tout en maintenant l’égalité du fondement. Autrement dit, cette articulation permet de conjuguer l’histoire et la nature dans la constitution humaine. L’égalité naturelle ainsi proposée n’est donc ni celle des Lumières, ni celle de Marx. Il ne s’agit pas, en d’autres termes, d’une égalité des droits ou des besoins. Il s’agit d’une égalité métaphysique substantielle, qui correspond au principe qu’Aurel Kolnai recherchait en 1934 pour s’opposer au nazisme : « l’unité métaphysique du genre humain », qui est réelle, même si elle ne réduit pas les différences.
Jury :
- M. Emmanuel FAYE (Université de Rouen Normandie ; directeur)
- Mme Élodie CASSAN (Université de Rouen Normandie ; examinatrice)
- Mme Annie HOURCADE SCIOU (Université de Rouen Normandie ; examinatrice)
- Mme Erica ONNIS (Università degli Studi Niccolò Cusano ; examinatrice)
- M. Maurizio FERRARIS (Università degli studi di Torino ; rapporteur)
- M. Andrea RABALLO (Università della Svizzera italiana ; rapporteur)
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