Études postcoloniales : historiciser la littérature

Intervention de Florence Cabaret (U. Rouen, ERIAC) et Claire Joubert (U. Paris 8, Le Texte étranger)

Le mardi 19 novembre 2013

Séance du séminaire « Transferts, hybridation: histoire, discours, fiction »
(cliquez sur le lien pour retrouver le programme du séminaire et toutes les informations).

Document : bibliographie – BiblioCabaretSminaireERIAC

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Cette intervention à deux voix permettra de présenter les grandes lignes des propositions, concepts, et enjeux des postcolonial studies en prolongeant la dynamique d’historicisation et de décentrement de l’énonciation qui fait peut-être l’une de leurs singularités théoriques. Les deux points de vue articuleront ainsi deux approches généalogiques : l’une en remontant à Orientalism (1978), livre phare d’Edward Said, pour éclairer en quoi il constitue le texte fondateur de ce qui allait devenir un champ disciplinaire majeur dans les années 1990 ; l’autre en dessinant les liens de genèse et de contexte de la nouvelle discipline dans la pensée des rapports entre littérature et histoire des trente dernières années.
            Dans Orientalism, Florence Cabaret soulignera la façon dont Said montre le soutien apporté par les arts et la fiction à l’entreprise coloniale et, par cette critique de l’orientalisme européen, inaugure un changement de regard sur « l’Orient » : une ré-historicisation qui permet également de comprendre comment la fiction elle-même allait ensuite accompagner les mouvements pour l’indépendance dans un certain nombre de colonies, et leur émergence économique et culturelle, postcoloniale et contemporaine.
            En reprenant le fil de la réflexion sur le rapport entre nation et narration qui forme le point de départ des travaux de Homi Bhabha (Nation and Narration, H. Bhabha ed., 1990), Claire Joubert examinera certaines des lignes de faille qui ont traversé et divisé le champ, et généré par là les évolutions de la critique, jusqu’aux épisodes les plus contemporains : non seulement la question de la world literature et les implications de la « postcolonial perspective » pour une pensée du mondial et de la Mondialisation, mais aussi la réception française des postcolonial studies depuis 2005, à la fois réfractaire et génératrice de nouvelles historicisations critiques.

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 Florence Cabaret est Maître de Conférences au département d’Études anglophones de l’université de Rouen. Après une thèse sur le statut de la fiction dans les romans de Salman Rushdie, elle a poursuivi ses recherches en travaillant sur plusieurs auteurs indiens issus de la diaspora et écrivant en anglais. Depuis quelques années, elle travaille aussi sur des films et des séries britanniques mettant en scène, à des degrés divers, l’histoire coloniale et postcoloniale de l’Inde et de la Grande Bretagne. Elle a également traduit des romans et textes d’Hanif Kureishi, ainsi que le dernier roman de Chloé Hooper (éd. Christian Bourgois).

Claire Joubert est professeur en littérature anglaise à l’Université Paris 8, responsable du groupe de recherche Le Texte étranger. L’ensemble de ses travaux vise une poétique de l’étranger, examinant les effets théoriques et politiques de la différence des langues, ainsi que ses enjeux critiqees din3 l’histoire des discours sur le langage, la littérature et la culture. Auteur d’études sur l’épistémologie du comparatisme (Comparer l’étranger. Enjeux du comparatisme en littérature, avec E. Baneth-Nouailhetas, 2006), et la poétique du multilinguisme (Samuel Beckett et le théâtre de l’étranger, avec A. Bernadet, 2008), sur la postcolonialité et la traduction, elle termine l’édition de l’ouvrage collectif Le « Postcolonial » comparé : anglophonie, francophonie » (PUV, 2014) et consacre ses travaux actuels à trois terrains riches en différentiels de l’anglais : histoire littéraire indienne, histoire des mondialités noires, histoire des disciplines du mondial.