L’idée de la phénoménologie

Date : 7-9 octobre 2021
Horaire : 10h00-18h00
Lieu : Université Côte d'Azur

Ce colloque, organisé par le Centre de Recherches en Histoires des Idées (CRHI, UPR 4318) avec le soutien de l’ERIAC, entend réunir l’ensemble des chercheurs d’expression française de renommée internationale travaillant au renouvellement actuel de ce courant majeur de la philosophie contemporaine qu’est la phénoménologie. Son objectif est de leur permettre de confronter leurs thèmes comme leurs méthodes afin de dégager réflexivement les conditions d’émergence, philosophiques et institutionnelles, d’un paradigme nouveau propre à ce que la communauté philosophique internationale désigne par l’expression de « nouvelle phénoménologie française ».

Fondée par le philosophe Edmund Husserl (1859-1938) en 1900, la phénoménologie, initialement pensée comme une analyse descriptive de la structure de l’expérience vécue, constitue l’un des courants majeurs de la philosophie du XXe siècle et se présente comme un paradigme fondamental pour la philosophie contemporaine. Initialement développée en Allemagne par les disciples de Husserl — Edith Stein, Roman Ingarden, Martin Heidegger, Eugen Fink, Max Scheler, etc. —, ce courant philosophique connaît une très importante réception française au milieu du XXe siècle, d’abord marquée par les travaux de Jean-Paul Sartre, de Simone de Beauvoir et de Maurice Merleau-Ponty puis, dans ce qui apparaît dès lors comme un troisième moment de son histoire, par les développements très divers qu’elle connut chez plusieurs philosophes français qui marquent chacun à leur manière le champ philosophique international, Paul Ricœur, Jacques Derrida, Emmanuel Levinas, de Michel Henry ou de Marc Richir.

Or, force est de constater qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle a émergé, chez une nouvelle génération de chercheurs, un nouveau « moment » de cette histoire de la phénoménologie, un moment lui aussi francophone mais qui suscite dès à présent l’intérêt de la communauté philosophique internationale — comme en témoigne la multiplication des traductions de certaines de ses œuvres fondatrices mais aussi, en 2011, la publication de l’ouvrage important de deux philosophes allemands, H-D. Gondek et L. Tengelyi, intitulé justement Neue Phänomenologie in Frankreich (Berlin, Suhrkamp), ou encore d’une série d’entretiens menés par deux chercheurs américains, Tarek R. Dika et W. Chris Hackett et publié en 2016 sous le titre Quiet Powers of the Possible: Interviews in Contemporary French Phenomenology (Fordham University Press, « Perspectives in Continental Philosophy »). Or le problème qui se pose n’est pas seulement de déterminer la nature de ce nouveau paradigme, mais d’abord de savoir s’il s’agit effectivement d’un « paradigme », comme tel relativement unifié, ou si, dans sa version la plus contemporaine, la phénoménologie ne connaîtrait pas ce que Dominique Janicaud, après avoir diagnostiqué chez les penseurs de la troisième génération un Tournant théologique de la phénoménologie française (Paris, Éditions de l’éclat, 1991), avait sept ans plus tard annoncé comme son éclatement (La phénoménologie éclatée, Éditions de l’éclat, 1998).

La question se pose en effet : si une telle situation n’est certes pas nécessairement à déplorer — la vitalité incontestable, en ce premier tiers du XXIe siècle, des recherches phénoménologiques d’expression française tient peut-être à cette extrême diversité non seulement des thèmes qui s’y trouvent « phénoménologiquement » abordés, mais aussi des manières de le faire — qu’y a-t-il aujourd’hui de commun entre la « phénoménologie de la donation et de la révélation » de Jean-Luc Marion, la « cosmologie phénoménologique et métaphysique » de Renaud Barbaras, la « phénoménologie de la pulsion » de Rudolf Bernet, la « phénoménologie expérientielle pratique » de Natalie Depraz, la « phénoménologie de l’événement » de Claude Romano, la « phénoménologie de l’animalité » d’Étienne Bimbenet, la « phénoménologie des ambiances » de Bruce Bégout, la « phénoménologie de l’homme » de Grégori Jean, la « phénoménologie du possible » de Claudia Serban, la « phénoménologie des objets mathématiques » de Dominique Pradelle, la « phénoménologie des limites » de François-David Sebbah, ou encore la « phénoménologie constructive » d’Alexander Schnell ? D’où la question : si, en dépit de cette diversité, chacun de ces philosophes continue de se revendiquer de la phénoménologie, est-ce parce qu’ils s’en font une certaine « idée », dont l’examen permettra seul de savoir s’ils partagent un paradigme commun ? Ou bien assistons-nous à un éclatement tel que l’expression même de « nouvelle phénoménologie française », dès lors qu’elle n’a plus pour fonction de nommer un courant philosophique historiquement circonscrit mais, précisément, des manières plurielles de faire de la philosophie ?

Ce sont ces problèmes fondamentaux qu’entend poser ce colloque co-organisé, pour cette raison même, par l’ensemble des laboratoires qui, en France, sont parties prenantes de ces recherches en cours — non pas de l’extérieur, mais en invitant justement l’ensemble des protagonistes de ce nouveau « moment » constitutif de la philosophie contemporaine à exposer et à discuter « l’idée » qu’ils se font de la phénoménologie — afin de rendre enfin possible un dialogue voire une confrontation entre de telles « idées » et d’examiner leur possible unification sous un paradigme commun. À cet égard, cette confrontation sera orchestrée autour de cinq grandes sessions :

  1. L’idée de « méthode phénoménologique »
  2. L’idée d’« expérience phénoménologique »
  3. L’idée de phénoménologie face à son possible dépassement « métaphysique »
  4. L’idée de phénoménologie face à l’interdisciplinarité
  5. L’idée de phénoménologie face à l’histoire de la philosophie.

PROGRAMME


Jeudi 7 octobre 2021

10h30Ouverture du colloque

11h00 — Natalie Depraz, « Phénoménologie de la micro-phénoménologie »

12h00Laurent Perreau, « La phénoménologie en pratique »

14h30Rudolf Bernet, « La force passive-active de supporter et de souffrir »

15h30Philippe Cabestan, « Une phénoménologie des psychoses est-elle possible ? »

17h00 — Etienne Bimbenet, « Une arrière-pensée anthropologique sur le geste phénoménologique »

Vendredi 8 octobre 2021

10h00Dominique Pradelle, « L’idée de la phénoménologie au miroir de la conscience des idéalités mathématiques »

11h00Inga Römer, « Que sont les choses mêmes ? Du tournant herméneutique de la phénoménologie »

14h00Emmanuel Falque, « Hors phénoménologie ? »

15h00François-David Sebbah, « Tournants de la phénoménologie »

16h30Françoise Dastur, « Pour une phénoménologie de l’inapparent »

Samedi 9 octobre 2021

10h00Bruce Bégout, « Phénoménologie ou phénologie ? Du discours de l’apparaissant au discours de l’apparaître »

11h00Grégori Jean, « L’impuissance de l’apparaître »

14h00Alexander Schnell, « La créativité en phénoménologie »

15h00Claude Romano, « L’idée d’appartenance »

16h30Renaud Barbaras, « Vers une cosmologie phénoménologique »


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