Appel à communications « Rencontres poétiques en Normandie 1 »

Dynamiques de la voix dans la poésie hispanique de 1975 à nos jours : nature, structure, effets sonores et rythmiques | Dinámicas de la voz en la poesía hispánica (de 1975 hasta hoy): teoría, estructura, efectos sonoros, ritmos

Ce colloque est organisé par Sandrine Lascaux (Université du Havre – GRIC, EA 4314) et Miguel Olmos (Université de Rouen Normandie – ERIAC, UR 4705).

ARGUMENTAIRE | ARGUMENTO

Fr

D’où vient la voix lyrique ? C’est d’abord le poète qui fait l’expérience de cet événement, l’arrivée énigmatique de sa propre voix. Il peut s’agir de la manifestation d’une parole intérieure simultanée à son écriture. Dans ce cas, quel est le rapport du poète à cette voix ? Cet avènement peut constituer une expérience physique et corporelle, l’écriture poétique sera alors vécue comme un processus d’incarnation. Cette voix il ne la possède pas, il ne peut la convoquer à loisir, elle lui advient quand et comme elle veut, elle peut ne pas répondre. Obéit-elle à une forme de mystique du langage ? (« ce n’est pas moi qui parledans le poème c’est le langage qui parle en moi »). Est-elle le fruit d’une « pulsion », d’une force inconnue qui s’actualise, s’érige et advient ? (« ce qui parle c’est l’autre en moi »). Un autre que j’ignore et qui naît par l’acte d’écriture. La voix serai tbien, comme le souligne Jacques Ancet, à la fois impersonnelle (elle n’est pas la mienne) et singulière (elle est un autre que moi).

De nombreux critiques (Hamburger, Heinz, Maulpoix) ont abordé les questions suscitées par la Voix sous l’angle de la définition du sujet ; d’autres travaux (Benoit et Meschonnic, notamment) ont envisagé certains de ses aspects formels, structurels et techniques, par exemple son rôle dans la constitution du récit (Genette, Cohn, Rabaté). Il semble cependant que la voix poétique ne soit réductible ni à une personne privée (un sujet, une personne sociale) ni à une identité (le moi), ni au langage lui-même qui se mettrait à parler dans le poème (le poème étant alors perçu aux antipodes de la représentation comme une organisation auto-référentielle qui ne répond qu’aux lois du langage et qu’à une force impersonnelle, comme a pu l’expliquer Mallarmé en résonnance avec la théorie de l’Art issue du romantisme allemand). La Voix poétique apparaît « au croisement de toutes les instances (biologique, psychique, historique, sociale et culturelle… [elle] les intègre toutes en uneunité indissociable dans son surgissement même » (Ancet).

En nous appuyant sur cette approche dynamique du vocal, nous nous proposons de réfléchir sur ce qui parle, et fixe d’emblée le lien de la poésie à l’oralité et que nous nommons ici « voix » sans exclure la possibilité d’un débat terminologique autour des notions de texte / voix / voix poétique / voix du poème. Les communications pourront ainsi réfléchir à la nature complexe de la voix poétique et aux différentes formulations théoriques relatives à l’énonciation. Comment penser la voix comme confluence, figure complexe et hybride, toujours en porte à faux entre le je autobiographique et le je fictionnel ? Qu’en est-il de la présencede la personne biographique dans cette voix, comment le poète est-il impliqué à différents degrés dans ses effets, quelle place occupent d’autres voix (étrangères) à celle du poète ? Comment l’évolution de la voix et de ses manifestations au fil d’uneœuvre participe-t-elle à la création d’un « système » poétique ? Peut-on parler de poème sans sujet ? A partir des années 70, la poésie espagnole n’échappe pas au doute qui s’est installé concernant l’efficacité de la parole poétique (J.-F Lyotard) : la tendance à créer des œuvres méta poétiques où l’entrée massive du discours narratif dans la poésie eut pour conséquence d’éclipser la présence du sujet énonçant semble dépassée. Dans une perspective historique, on assiste aujourd’hui après son effacement au retour triomphant du sujet.

Enfin, si comme l’exprime Jaime Siles « lo que importa en un poema no es el autor sino su lector: sus lectores » puisque « el verdadero protagonista de un poema no es quien lo escribe sino quien lo lee », alors se pose la question du passage de la voix. Où va la voix de celui qui parle dans le poème ? Comment le texte dans ses aspects stylistiques ou énonciatifs va-t-ilpermettre au lecteur de « s’emparer » de cette voix, de la prendre lui-même en charge ? Les propositions de communication (ou d’interventions sur des supports audiovisuels, sonores ou graphiques), rédigées en français ou espagnol comportant un titre, un bref résumé de la communication (5000 caractères espaces compris) et un profil biobibliographique (10 lignes maximum), sont à envoyer au plus tard le 21 septembre 2022, à sandrine.lascaux@gmail.com et Miguel.Olmos@univ-rouen.fr.

Esp

¿De dónde viene la voz lírica? Es el poeta quien antes experimenta el acontecimiento de la llegada de su propia voz. Si se trata de la manifestación de una palabra interior simultánea a la escritura, ¿cuál es entonces la relación del poeta con sus voces? Si tal advenimiento constituye una experiencia corporal, física, la poesía será vivida entonces como un proceso de encarnación. Porque no se puede convocar ni poseer del todo esta voz; viene cuando y como quiere, otras veces, no responde. ¿Se trata entonces de una suerte de modo místico del lenguaje? (“No soy yo quien habla en el poema, es el lenguaje que habla en mí”). ¿O es fruto de una “pulsión”, una fuerza desconocida que se alza y acontece (“lo que habla es el otro en mí”), algo que ignoro que nace al escribir? Como apunta Jacques Ancet, la voz sería a la vez impersonal (no es la mía) y singular (es de otro que no soy yo).

Notorios críticos (Hamburger, Heinz, Maulpoix) han abordado las cuestiones planteadas por la voz desde la perspectiva de la definición del sujeto; otros (Benoit y muy especialmente Meschonnic) han considerado aspectos formales, estructurales y técnicos, por ejemplo sus funciones en la constitución del relato (Genette, Cohn, Rabaté). Parece sin embargo que la voz poética no se reduce ni a una persona (un sujeto, una persona social) ni a una identidad (el yo), ni a un lenguaje autónomo que se pusiese a hablar en el poema (que quedaría entonces muy lejos o fuera de toda representación, como algo referido a sí mismo, que responde sólo a las propias leyes del lenguaje, a una fuerza impersonal, tal como Mallarmé lo explicaba en lalínea de la poética del Romanticismo alemán). La voz lírica aparece “en la encrucijada de todas las instancias (biológica, psíquica, histórica, social y cultural… [las] integra todas inseparablemente en su mismo brotar” (Ancet).

A partir de este enfoque dinámico de lo vocal, nos proponemos pensar sobre lo que habla, fijando un vínculo de la poesía con la oralidad, que denominamos aquí “voz” pero sin excluir discusiones terminológicas acerca de los conceptos de texto/voz / voz poética / voz del poema. Las proposiciones de intervención podrán reflexionar sobre la naturaleza de la voz poética y las diferentes descripciones teóricas de su enunciación. ¿Qué concepto hacer de la voz como confluencia, figura híbrida, que enfrenta un yo autobiográfico y un yo ficcional? ¿Qué hay de biográfico en esta voz, cómo y hasta dónde se involucra el poetaen sus efectos? ¿Y qué lugar ocupan las voces otras que la del poeta?; ¿contribuye la evolución de la voz, a lo largo de una obra, a la creación de un “sistema” poético? ¿Puede hablarse de un poema sin sujeto? A partir de la década de 1970, la poesía española no escapó a las dudas sobre la eficacia del discurso poético (J.-F Lyotard): la tendencia metapoética, con una entrada masiva de discurso narrativo en poesía que habría eclipsado al sujeto enunciador, parecería hoy superada. Desde una perspectiva histórica, asistimos ahora tal vez al regreso triunfal del sujeto.

Finalmente, si, como dijo Jaime Siles, “lo que importa en un poema no es el autor sino su lector: sus lectores” ya que « el verdadero protagonista de un poema no es quien lo escribe sino quien lo lee”, se impone con urgencia un cuestionamiento acerca de los tránsitos de la voz. ¿Adónde va la voz del hablante en el poema? ¿Cómo consigue el texto, por sus aspectos estilísticos o enunciativos, que el lector capte esta voz, y llegue a hacerse cargo de ella? Las propuestas de comunicación (o de intervención con ayuda de materiales audiovisuales, sonoros o gráficos), escritas en francés o español, que incluyan un título, un breve resumen de la comunicación (5000 caracteres, espacios incluidos) y un perfil biobibliográfico (máximo 10 líneas), deben enviarse a más tardar el 21 de septiembre de 2022sandrine.lascaux@gmail.comMiguel.Olmos@univ-rouen.fr.

BIBLIOGRAPHIE | BIBLIOGRAFÍA

  • ANCET Jacques, « La musique et la voix. Poétique et poésied’Antonio Gamoneda », Les polyphonies poétiques, Rennes2, 2003.
  • BLANCHOT, Maurice, Une Voix venue d’ailleurs. Sur les poèmes de Louis-René des Forêts, Gallimard, Folio, 2002.
  • CABOT Jérôme (dir.), Performances poétiques. Editions nouvelles Cécile Defaut. 2017, Lormont.
  • COMBE, Dominique, « La référence dédoublée », dans Figures du sujet lyrique, sous la direction de Dominique Rabaté, PUF, 1996.
  • DERRIDA, Jacques, La Voix et le phénomène. Introduction au problème du signe dans la phénoménologie de Husserl, PUF, 1967.
  • Diálogos hispánicos, Teoría del poema : la enunciación lírica, n°21, edición Fernando Cabo Aseguinolaza, Germán Guillón, Amsterdam-Atlanta, G.A., 1998.
  • GARCÍA CALVO Agustín, Del ritmo del lenguaje, Barcelona, La gaya ciencia, 1975.
  • GIL Henri, « La voix poématique silésienne ou les visages de l’être », Les polyphonies poétiques, Rennes, 2013.
  • HAMBURGER, Käte, Logique des genres littéraires [1957], traduit en français par Pierre Cadiot, Edition du Seuil, collection « Poétique », 1986.
  • HEIDEGGER, Martin, Acheminement vers la parole [1959], traduit par Jean Beaufret, Wolgang Brokmeier, et Francois Fédier, Gallimard, 1976.
  • JACKSON, John E., La question du moi. Un aspect de la modernité poétique européenne, T.S. Eliot —Paul Celan — Yves Bonnefoy, La Baconnière, Neuchâtel, 1978.
  • JENNY, Laurent, La Parole singulière, Belin, 1990.
  • JOUSSE, Marcel, L’Anthropologie du geste I. Paris, Gallimard, coll. Voies ouvertes, 1974.
  • MAULPOIX, Jean-Michel, La Voix d’Orphée, Corti, 1989.
  • MESCHONNIC, Henri, Critique du rythme. Anthropologie historique du langage, Editions Verdier, 1982.
  • OLMOS, Miguel (dir.), Traces et projections de la voix: douze études, Mont-Saint-Aignan, PURH, 2015.
  • PINSON, J.-C, Á quoi bon la poésie aujourd’hui, Nantes, Éditions Pleins feux, 1999. PINSON, J.-C, Habiter en poète, Paris, Champ Vallon, 1995
  • PUFF, Jean François (dir.), Dire la poésie ?, Editions Cécile Defaut, 2015. RABATÉ, Dominique, Figures du sujet lyrique, PUF, 1996.
  • RABATÉ, Dominique, Poétique de la Voix, Corti, 1999.
  • RABATÉ, Dominique, Gestes lyriques, Corti, 2013.
  • RICOEUR, Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
  • SILES, Jaime, « El texto e su doble. Notas para una posible poética y dudas para una poética posible », 1999.
  • STIERLE, Karlheinz, « Identité du discours et transgression lyrique », Revue Poétique, n°32, 1977. THÉLOT, Jérôme, Le travail vivant de la poésie, Paris, Encre marine, 2013.
  • VASSE, Denis, L’Arbre de la voix. La chair, les mots et le souffle : le sujet naissant, Paris, Bayard, 2010.
  • ZIMMERMANN, M.-C., « Ausiàs March aux prises avec la langue catalane. Naissance d’une voix. ». Travaux réunis par Georges Martin et Marie-Claire Zimmermann, Ausiàs March (1400-1459), Première poète en langue catalane, Paris, Klinckskieck, Publication du Séminaire d’études médiévales hispaniques de l’université Paris 13, 2000.
  • Le texte et la voix. Hommage à M.-C. Zimmermann, coordonné par Laurence Breysse–Chanet, Anne Charlon, Henry Gil, Marina Mestre Zaragozá et Ina Salazar, Editions hispaniques, Paris, 2016.