Appel à communications : « Presses anciennes et contemporaines à l’heure du numérique »

Après un premier congrès en juin 2015, Médias 19 et Numapresse organisent une deuxième grande manifestation qui se tiendra à Paris, du 8 au 11 juin 2020, et veut faire état de la recherche actuelle sur la presse, à l’heure de la numérisation des corpus.

Le projet scientifique franco-québécois Médias 19, articulé autour de la plateforme numérique www.medias19.org, a été le cadre de développement d’une réflexion, depuis 2011, sur les pratiques journalistiques au XIXe siècle, sur la valorisation et l’analyse des corpus, ainsi que sur l’étude du développement de la culture médiatique dans l’espace francophone. Depuis 2017, le projet scientifique international Numapresse, financé par l’Agence Nationale pour la Recherche française (www.numapresse.org), ambitionne de proposer une nouvelle histoire culturelle et littéraire de la presse française, du XIXe siècle à nos jours, en mobilisant les grands corpus de presse numérisés et les nouveaux outils de text et data mining.

Ce congrès, organisé par Guillaume Pinson (Université Laval) et Marie-Ève Thérenty (Université Montpellier 3, Paul Valéry) est l’occasion de convier les chercheurs à faire état de la recherche actuelle. Organisé en quatre journées de travail (Centre culturel canadien et Bibliothèque nationale de France), il se fonde sur des grands axes qui ont été au cœur des recherches historiques et littéraires sur la presse de ces dernières années.

Le congrès se déroulera à Paris, les deux premiers jours au centre culturel canadien, les deux jours suivants à la Bibliothèque nationale de France. Les communications seront de 20 minutes. Les propositions en français ou en anglais (250 mots, quelques lignes de curriculum vitae, coordonnées complètes et mention de l’institution d’attache) seront à envoyer par courriel à l’adresse suivante, avant le 1er décembre 2019 : congresM19Numapresse@gmail.com

Les chercheurs intéressés à soumettre une proposition sont informés que, pour tous les axes du congrès, les études transversales et générales seront préférées aux sujets purement monographiques. Par ailleurs, les propositions qui ne relèvent pas d’un de ces axes seront aussi examinées. Le congrès donnera lieu à publication.

Axe 1. Viralités et circulations
Responsable : Guillaume Pinson

La vogue de l’histoire mondiale et des transferts culturels, liée aux campagnes massives de numérisation de la presse, a ouvert la voie ces dernières années à des études décloisonnées des corpus médiatiques. Ceux-ci sont envisagés dans leur capacité à échanger des textes et à souder des communautés de lecteurs sur des zones géographiques tantôt très denses (au sein des grandes métropoles médiatiques), tantôt très étendues (axes atlantiques Europe-Amériques, ou
encore liaisons coloniales, par exemple). Les outils numériques ont en outre ouvert la voie à des études de circulation et de « viralité » (Cordell) sans commune mesure avec les modes habituels de lecture et de dépouillement. On peut ainsi repérer automatiquement des pratiques largement répandues de réimpression d’articles, dont certains sur des intensités et des espaces considérables. Le succès planétaire des Mystères de Paris (1842-1843) d’Eugène Sue, rapidement imité et donnant lieu à une matrice récupérée dans tous les coins du globe, comme l’a bien montré un projet de recherche conduit par l’équipe de Montpellier de Médias 19, n’est que la partie la plus visible de l’iceberg. Nous avons désormais la capacité de détecter automatiquement des formes de circulations et de viralités de corpus beaucoup plus furtifs à nos yeux, mais majeurs dans l’intensité de leurs reprises : des oeuvres littéraires aujourd’hui oubliées, des essais, des anecdotes, des faits divers, des actualités variées… Cet axe invite donc les chercheurs à penser toutes les formes de circulation et de viralité au XIXe siècle. On privilégiera ici les approches de synthèse sur l’expérience liée à l’usage des outils numériques, mais les études plus classiques de circulations et de transferts sont aussi les bienvenues, si elles permettent d’éclairer largement ces phénomènes de décloisonnement des corpus. La perspective d’une histoire mondiale de la presse en français (projet dirigé par G. Pinson et D. Cooper-Richet du réseau Transfopress) sera aussi envisagée dans cet axe, parmi d’autres enjeux : trajectoires d’écrivains-journalistes, contacts et transferts linguistiques dans la presse, relations entre la presse et les formes émergentes de la mobilité (essor du chemin de fer, développement des lignes maritimes, mise en place des réseaux de télégraphie électrique), études culturelles de la viralité (discours contemporains sur l’espace-temps, valeurs et débats sur les nouvelles mobilités), transformation matérielle et poétique de la presse (ouverture des rubriques de télégraphie, revues de presses internationales), etc.

Axe 2. Pour une histoire culturelle et littéraire de la presse au XXe siècle
Responsable : Marie-Ève Thérenty

De nombreux travaux récents sur la presse, de La Civilisation du journal (2011) aux études conduites par Médias 19, ont pris comme terrain de recherches un long XIXe siècle. Mais un objectif important des études de presse actuelles est aussi de parvenir à une compréhension générale des poétiques et imaginaires médiatiques du XXe siècle. Le XXe siècle est un moment crucial pour l’expansion de la presse, sa professionnalisation, sa politisation. C’est aussi le moment où le support écrit, perdant son caractère exclusif, est concurrencé par d’autres médias (cinéma, radio, télévision) qui l’influencent aussi. Une nouvelle temporalité, la scansion hebdomadaire, vient s’ajouter au rythme quotidien pour le traitement de l’actualité, à travers la création de magazines d’importance dès la fin des années vingt et le début des années trente (Candide, Gringoire, Marianne) et puis après-guerre (L’Express, Le Nouvel Observateur, Le Point). Les contenus aussi évoluent : de nouveaux sujets, comme le sport, le cinéma ou la télévision, s’imposent à côté de l’actualité politique ou culturelle traditionnelle. La refonte complète de la presse à la Libération s’appuie sur de nouvelles exigences éthiques et donc poétiques véhiculées par un Hubert Beuve-Méry ou un Albert Camus qui ont des conséquences sur l’auctorialité des journalistes. Globalement pour remédier à ce qu’on identifie comme les débordements des années trente, s’imposent, notamment dans les écoles de journalistes, des écritures dites objectives dont certains journaux, comme Le Monde, prétendent se faire le véhicule. Pourtant, nous faisons l’hypothèse que la littérarisation des écritures de presse ne disparaît pas et qu’il existe des titres (France-Soir après-guerre, Libération) ou des formules (l’hebdomadaire, puis le mook) qui continuent à favoriser l’hybridation des poétiques. Parmi d’autres, ces différents sujets pourraient être abordés : les écrivains-journalistes, le rapport de la presse écrite avec la radio et la télévision, les rythmes et les périodicités de l’information, la question de l’hebdomadaire et du magazine, la place du sport, du cinéma, de la télévision… dans la presse écrite et les poétiques afférentes, la formation des journalistes et la question des écoles de journalisme, l’émergence de nouveaux genres et de nouveaux formats, le développement du reportage, l’illustration de presse (photographie, dessin, bandes dessinées…), les transformations des représentations sociales, culturelles, politiques, induites par la presse écrite, la comparaison du système de presse français avec d’autres pays, la question des femmes et du genre (gender) dans la presse… Ici encore, on fera un accueil particulier aux approches mobilisant des outils numériques mais les communications plus classiques seront aussi les bienvenues.

Axe 3. Culture médiatique et culture numérique ou l’atelier des geeks
Responsables : Pierre-Carl Langlais et Julien Schuh

Depuis vingt ans, la presse ancienne a été massivement numérisée. Ces corpus se sont progressivement imposés comme un terrain d’expérimentation idéal pour des approches scientifiques hybrides croisant histoire, sociologie, analyse littéraire, infrastructures informatiques, approches statistiques et traitement automatique du langage naturel. L’hétérogénéité du journal et l’ampleur des archives numérisées ont favorisé l’émergence de nouveaux espaces interdisciplinaires (bibliothèques numériques, humanités numériques, littérature computationnelle…) et de nouvelles circulations d’outils, de méthodes et de concepts entre les disciplines et ont rendu plus légitime une forme de lecture distante, autorisant des approches multiples : topics modeling, classification supervisée, détection des reprises, indexation d’entités nommées, analyse de mise en page… Les techniques de deep learning et de classification automatisée, de plongement de mots, ouvrent des fenêtres nouvelles sur un gigantesque ensemble de textes et d’images encore très peu exploré. Ce troisième axe vise à interroger l’émergence d’un nouvel écosystème de la presse numérisée, depuis le processus d’élaboration de l’archive numérique jusqu’aux nouvelles formes de remédiations et de projections expérimentales de ces corpus. Il sera également l’occasion d’interroger l’incidence méthodologique de ces nouvelles pratiques sur la conceptualisation de l’objet de recherche et la construction du terrain et des corpus. Ce retour réflexif croisant humanités numériques et digital studies pourrait s’exercer sur les sujets suivants : construction de l’archive numérique (effets transformatifs des OCRs, mobilisation du digital labor, nouvelles infrastructures de mise en circulation du texte numérisé), pratiques de lecture distante (classification des genres, études de la viralité et des réseaux de reprises, histoire longue des poétiques visuelles), extraction de données historiques (signatures, annonceurs publicitaires, cours de la bourse…) remédiation des corpus (rééditorialisation d’articles, de données ou de fiction publiées dans la presse, data visualisations…)

Axe 4. Rééditorialisation des articles de presse : du recueil à l’agrégateur de données
Responsable : Adeline Wrona

Lire la presse numérisée, c’est se donner les moyens de pointer des phénomènes de migration et de recyclage qu’il est difficile de repérer à l’œil nu, et entrer dans une forme de philologie automatisée, qui scrute variantes et reparutions. D’un autre côté, produire l’information en ligne, c’est intégrer dans le fonctionnement ordinaire de la rédaction les gestes de republication des articles, que ce soit par segmentation, recalibrage, enrichissement ou mise en liste. C’est
aussi écrire sous le regard anonyme des moteurs de recherche, et de leur référencement qui impose des consignes d’écriture aléatoires. L’un des phénomènes associés le plus constamment au numérique réside donc dans le repérage et la mise en œuvre d’une diversification des matérialités donnant corps au texte, bien loin du mythe persistant selon lequel le « virtuel » serait synonyme de dématérialisation.
Hier comme aujourd’hui, le propre du texte de presse est d’avoir plusieurs vies, sur plusieurs supports, dans plusieurs régimes de temporalité, en formant des ensembles à géométrie variable. Les communications attendues dans cet axe analyseront différents phénomènes rendant compte de cette logique de rééditorialisation, qui va bien au-delà des seules publications dans le support du quotidien. Dans l’entre-deux guerres, certains magazines tel Détective ont pour vocation de valoriser les grandes plumes des collections éditoriales, au point que c’est finalement le périodique qui intègre d’emblée une logique de recueil.
On interrogera différents enjeux propres à cette question du recueil, dans le journalisme contemporain comme dans l’analyse de la presse des XIXe et XXe siècles ; cela pourra concerner par exemple les modalités renouvelées de la mise en recueil en régime numérique – portfolio, diaporama, et autres newsletters ; les jeux avec les signatures et les droits d’auteurs impliqués par les circulations d’un modèle éditorial à l’autre, de la généralisation des « voleurs » sous la Monarchie de Juillet à la définition complexe des « droits voisins » ; on interrogera la valeur de la reprise, généralement considérée comme facteur d’appauvrissement des discours d’information, mais rarement analysée dans sa réalité textuelle voire stylistique.

Comité scientifique

  • Paul Aron, Université Libre de Bruxelles, Belgique
  • Catherine Aurerin, Bibliothèque nationale de France, France
  • Rodney Benson, New York University, États-Unis
  • Maud Ehrmann, Projet Impresso, EPFL, Suisse.
  • Stéphane Gerson, New York University, États-Unis
  • Richard R. John, Columbia University, États-Unis
  • Dominique Kalifa, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, France
  • Florence Le Cam, Université Libre de Bruxelles, Belgique
  • Pierre-Carl Langlais, Numapresse, France
  • Vincent Larivière, Université de Montréal, Canada
  • Matthieu Letourneux, Université Paris Ouest Nanterre, France
  • Jean-Philippe Moreux, Bibliothèque nationale de France, France
  • Guillaume Pinson, Université Laval, Canada
  • Sophie-Anne Robert, Bibliothèque nationale de France, France
  • Julien Schuh, Université Paris Ouest Nanterre, France
  • Laura Suarez de la Torre, Instituto Mora, Mexique
  • Marie-Ève Thérenty, Université de Montpellier 3, France
  • Alain Vaillant, Université Paris Ouest Nanterre, France
  • Yoan Vérilhac, Université de Nîmes, France
  • Adeline Wrona, Sorbonne-Université, France

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