Rencontres poétiques en Normandie, 1

Date : 27-28 janvier 2023
Horaire : 09h30-17h00
Lieu : UFR LSH | Bât. 3 - Salle A509 & Bât. Serres - Amphi 2 | Mont-Saint-Aignan

Dynamiques de la voix dans la poésie hispanique de 1975 à nos jours : nature, structure, effets

Nous nous proposons de réfléchir sur ce qui parle, et fixe d’emblée le lien de la poésie à l’oralité et que nous nommons ici voix sans exclure la possibilité d’un débat terminologique autour des notions de texte, de voix, de voix poétique, de voix du poème. Il s’agira d’envisager la nature complexe de la voix et les différentes formulations théoriques relatives à l’énonciation poétique. Comment penser la voix comme confluence, figure complexe et hybride, toujours en porte à faux entre le je autobiographique et le je fictionnel ? Qu’en est-il de la présence de la personne biographique dans cette voix, comment le poète est-il impliqué à différents degrés dans ses effets, quelle place occupent d’autres voix (étrangères) à celle du poète ? Comment l’évolution de la voix et de ses manifestations au fil d’une œuvre participe-t-elle à la création d’un « système » poétique ? Peut-on parler de poème sans sujet ? Enfin, si comme l’exprime Jaime Siles « lo que importa en un poema no es el autor sino su lector: sus lectores » puisque « el verdadero protagonista de un poema no es quien lo escribe sino quien lo lee« , alors se pose la question du passage de la voix. Où va la voix de celui qui parle dans le poème ? Comment le texte dans ses aspects stylistiques ou énonciatifs va-t-il permettre au lecteur de « s’emparer » de cette voix, de la prendre lui-même en charge ?

Coordination :

  • Sandrine Lascaux (Université du Havre ; GRIC – UR 4314)
  • Miguel Olmos (Université de Rouen ; ERIAC – UR 4705)

Suivi d’une lecture de Javier Salvago (Paradas, Séville, 1950) autour de Variaciones y reincidencias (Poesía, 1978-2018), en présence de l’auteur.

Vendredi 27 Janvier, UFR Lettres, salle A509

09h30 — Présentation

10h00Bénédicte Mathios (Université de Clermont Ferrand, CELIS, traductrice), Voix physique et poème dans la poésie espagnole contemporaine.

10h45Débat

11h00Carolina Massola (poète, traductrice), Yves Roullière (poète, traducteur), De la voix poétique à la voix traduite (dialogue).

11h45Débat

14h00Lina Iglesias (Université de Paris X, Nanterre), Du sujet lyrique à la voix poétique, la voix de Juana Castro.

14h45Débat

15h00Ana Isabel Ballesteros Dorado (Université de San Pablo CEU), Formes de la voix chez les poètes espagnols des quarante dernières années.

15h45Débat


Samedi, 28 janvier 2023, UFR Lettres, Bâtiment Michel Serres (B4), Amphi 2

09h30 — Rencontre avec le poète Javier Salvago (Paradas, 1950), Présentation, lectures poétiques, dialogue.

12h30 — Clôture de la Rencontre, déjeuner


RÉSUMÉ DES COMMUNICATIONS

Ana Isabel BALLESTEROS DORADO, Formes de la voix chez les poètes des quarante dernières années. Deux formes de voix poétiques dominent la poésie des trente dernières années, la première personne du singulier et les formes de l’impersonnel. Les poètes espagnols les ont adoptées davantage dans le but d’atteindre leurs objectifs poétiques que pour suivre des tendances esthétiques : dans l’autofiction (Luis García Montero, Almudena Guzmán, Inmaculada Mengíbar, Irene Sánchez Carrón) et dans la poésie religieuse voire « mystique » (Blanca Andreu, Isabel Bernardo, Montserrat Maristany). Les formes de l’impersonnel ou désignant une identité imprécise ont dominé la poésie issue du créationnisme ou de l’ultraïsme, mais aussi la poésie pure de Juan Ramón Jiménez et de Jorge Guillén. Ces formes ont servi et servent encore de modèles pour élever le poème à l’universel : María José Flores Requejo et la poésie « de la conscience », la poésie dite « entrometida » d’Isabel Pérez Montalbán, de Carmen Díaz Margarit et la « poésie de la différence » d’Eloísa Otero, Helena Cosano, María Sanz.

Lina IGLESIAS, Du sujet lyrique à la voix poétique : l’œuvre de Juana Castro. La question de la voix traverse la poésie et selon les époques historiques et les courants ou mouvements littéraires, elle est abordée sous des angles différents, révélant ainsi le rapport qui existe entre la voix poétique / poématique et le / la poète, et comment celui-ci se positionne par rapport au monde, au réel et à un contexte. En ce sens, il nous semble intéressant d’aborder l’œuvre de Juana Castro (1945, Cordoue) qui n’a cessé de publier depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui ; son cheminement poétique est porté par une voix singulière, qui bien qu’ancrée dans un réel autobiographique, s’ouvre à d’autres sujets, faisant du poème une sorte de caisse de résonance d’un vécu partagé par d’autres. À partir de figures mythologiques et de leurs histoires, comme Pénélope par exemple, elle tisse des liens avec le temps présent et la société contemporaine – altérité, émigration, condition de la femme… Ses recueils dévoilent un sujet lyrique aux prises avec son temps, qui s’affirme par des modalités d’énonciation faisant entendre une voix, à la fois personnelle et pleine d’échos. Nous analyserons comment cette voix se fait entendre, se rend perceptible dans l’espace du poème et de la parole écrite ; quels sont les signes qui font que l’on passe d’un moi poématique à une voix poétique.

Carolina MASSOLA et Yves ROULLIÈRE, De la voix poétique à la voix traduite (dialogue). Une poétesse-traductrice argentine et un poète-traducteur français qui se traduisent mutuellement, se proposent de répondre, en prenant tour à tour la parole et en dialoguant, aux questions suivantes : 1. Comment chacun(e) perçoit-il sa propre voix poétique-lyrique ? Comment le poète, la poétesse place-t-il/elle sa propre voix poétique-lyrique par rapport aux voix poétiques qui l’ont précédées ou qui l’ont accompagnées dans sa propre langue ? 2. Comment chacun(e) reçoit-il/elle la voix poétique- lyrique du poète ou de la poétesse qu’ils traduisent dans le concert des voix poétiques et lyriques de sa propre langue ? Si « Je est un autre », je est autre, comment appréhender l’autre je et l’autre de l’autre ? 3. Quelle relation a le poète, la poétesse avec cette autre voix qui se présente devant lui ou devant elle, et qu’il doit traduire ?

Bénédicte MATHIOS, Voix physique et poème dans la poésie espagnole contemporaine. La voix physiologique existe sans langage verbal, mais ne peut exister sans intention. Dans quelle mesure pourrait-on associer la voix à l’acte d’écrire et, plus encore, au poème fixé sur la page ? La voix physique semble éloignée lorsque le poème est écrit, quelle que soit sa forme, sur le papier. Le poème propose l’émanation d’une voix silencieuse ou parlée, une trace possible de cette voix et un cadre potentiel pour d’autres voix. Le « je » et le système énonciatif n’ont qu’une importance relative pour appréhender cette voix initiale. Ils proposent au lecteur une possibilité pour sa propre voix, via le rythme. La question de la voix intérieure ou de la voix symbolisant l’écriture poétique se pose également. Selon Meschonnic, « la voix est l’intime extérieur ». Il en vient aussi à lier poésie et voix de la façon suivante : « La métaphore de la voix pour l’écriture montre que toutes deux sont l’intériorité » (Meschonnic, p. 273). Bien que complexes à définir, les composantes de la voix en poésie pourraient donc se constituer entre autre de la sonorité, du rythme, de la musicalité. Nous réfléchirons à cette question du lien possible entre poème, voix physique et « intime extérieur » en citant des exemples tels que Blas de Otero (allitérations, assonances, endécasyllabe et voix rythmée), Rafael Alberti (sonore visuel), Ángel González (diction de l’ironie), Luis García Montero, Ángeles Mora, Mariluz Escribano (voix de l’expérience), Olvido García Valdés (brièveté, liberté de ponctuation et voix)…


BIONOTES DES PARTICIPANTS

Ana Isabel Ballesteros Dorado est professeur de littérature espagnole contemporaine à l’Université CEU San Pablo (Madrid). Elle s’est consacrée aux études littéraires au sein des plusieurs projets de recherche, qui ont abouti aux ouvrages Espacios del drama romántico español (CSIC, 2003), Larra, Bretón de los Herreros y otros escritores anticarlistas (Calima, 2005), Una novela-revista: El patriarca del valle, de Patricio de la Escosura (Calima, 2009), Bretón de los Herreros: más de cien estrenos en Madrid (Instituto de Estudios Riojanos, 2012) ou La Estafeta Literaria: trayectoria de un empeño cultural (SIAL, 2020). En tant que poète, elle a obténu les prix Villa de Cox 1997 (Tercio de muerte, Pretextos, 1998) et Sial Pigmalión de Poesía 2020 (Confín de medianoche, (Sial Pigmalión, 2020). A publié Cuarto de invitados (Calambur, 2022) et le roman Biografía deseada(Amazon 2019).

Lina Iglesias est maîtresse de conférences à l’Université Paris Nanterre ; son domaine de recherche porte sur la poésie espagnole contemporaine. Après avoir soutenu une thèse sur l’œuvre de Leopoldo María Panero, elle a publié des articles sur d’autres voix poétiques comme Julio Llamazares, Andrés Sánchez Robayna, Luisa Castro, Miguel Hernández, Max Aub, Manuel Vázquez Montalbán… Depuis quelques années, sa recherche se centre sur les voix féminines, soit du début XXe siècle, comme Concha Méndez, Marina Romero, Josefina de la Torre, Margarita Ferreras, ou plus contemporaines comme Olvido García Valdés, Isabel Pérez Montalbán. Elle a également consacré quelques articles à la peinture de Sorolla, Ribera ou Barceló.

Carolina Massola est née en 1975, à Buenos Aires. Poète et traductrice du français, elle vit à Marseille. Après des études de Lettres à l’Université Nationale de Buenos Aires, elle s’est spécialisée dans la traduction littéraire, technique et scientifique français-espagnol à l’Instituto de Enseñanza Superior en Lenguas Vivas – Juan Ramón Fernández. A publié Estado de gracia (Córdoba, Ediciones del Copista, 2009 ; traduit en français par Y. Roullière, à paraître, et partiellement en anglais) ; La mansedumbre del pez (Buenos Aires, Zindo & Gafuri, 2014 ; traduit par Y. Roullière, à paraître) ; Planetaria (Buenos Aires, Modesto Rimba, 2016) ; Los ángeles del frío (Montevideo, Dios Dorado, 2020). Textes publiés dans des revues : Prisma (Fondation Internationale Jorge Luis Borges), El Alambique (Guadalaraja, Espagne) et Arpa (Clermont-Ferrand). Traductions poétiques : Charles Baudelaire, René Char, Georges Schéhadé, Edmond Jabès, Yves Roullière, ainsi que Jacques Dupin sur lequel elle écrit un article publié dans la revue Synergies Argentine, nº4, publiée et éditée par le GERFLINT (Groupe d’Études et de Recherches pour le Français Langue Internationale France).

Bénédicte Mathios est professeure à l’Université Clermont Auvergne de Clermont Ferrand. Elle travaille sur la poésie hispanophone. Elle a écrit et publié une thèse sur le sonnet espagnol à l’époque franquiste. Ses travaux portent sur le devenir des formes fixes (sonnet, épopée, élégie), le sujet poétique, la métapoésie, les pratiques transesthétiques, la poésie visuelle, la traduction. Elle est l’auteure de plusieurs monographies dont Corps et écriture poétique. Une lecture de l’œuvre d’Ángel González, Peter Lang (2009). Elle a dirigé ou codirigé plusieurs ouvrages collectifs dont, récemment, Poésie visuelle : l’expérimentation en question(s). Suivi du catalogue de l’exposition ExPoEx (Clermont-Ferrand, 16/11/2017-07/02/2018). Ouvrage collectif publié sous la direction de Lucie Lavergne, Bénédicte Mathios et Daniel Rodrigues, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2022. Elle a traduit et publié les deux recueils de poésie suivants : Otoños y otrasluces (2001) d’Ángel González. Automnes et autres lumières (2013) et Y todos estábamos vivos (2006) d’Olvido García Valdés, Et nous étions tous vivants (2017).

Yves Roullière, né en 1963 à Nantes, poète, traducteur, éditeur, vit en région parisienne. Œuvre personnelle : La vie longue à venir (Rennes, Atopia, 2016). Traductions poétiques (de l’espagnol) : Lope de Vega, La Dorotea (Paris, Flammarion, 2006) et Bergers de Bethléem (Grenoble, Jérôme Millon, 2006) ; Ricardo Paseyro, Dans la haute mer de l’air et Mortel amour de la bataille (Clichy, De Corlevour, 2003),L’âme divisée (Clichy, De Corlevour, 2003) et Arcs et flèches (Guadalajara, Los Libros de El Alambique, 2013) ; Horacio Castillo, Les chats de l’Acropole précédé d’Alaska (Paris, Cien Fuegos, 2022) ; Leandro Calle, Passer et autres poèmes (Paris, Éditions de l’Éclat, 2022). Autres poètes traduits en revue : Miguel de Unamuno, Rubén Darío, José Bergamín, Luis Cernuda, Carlos Edmundo de Ory, Carolina Massola…

Javier Salvago Calderón (Paradas, Séville, 1950) : « N’est pas seulement – selon les mots du poète et éditeur Abelardo Linares – le meilleur représentant de la poésie sévillane de la seconde moitié de ce siècle, déjà très riche en elle-même, mais aussi l’un des poètes les plus marquants de sa génération ». Il a publié une dizaine de recueils rassemblés dans le volume de poésies complètes Variaciones y reincidencias (Poesía 1978-2018). Le journaliste et critique Carlos Mármol dira de ce livre : « Quarante ans de vers clairs et sobres, parfaits pour beaucoup d’entre eux. Salvago, dont on raconte que Gil de Biedma a dit en privé qu’il serait l’un des rares des générations lui ayant succédé à survivre au passage d’un temps qui, impitoyable, ne garde que l’essentiel, est un poète particulièrement doué pour sculpter avec des mots nus les grandes expériences de la vie courante ». Certains de ses poèmes ont été intégrés dans de nombreuses anthologies nationales et étrangères et traduits dans différentes langues. Entre autres distinctions, il a obtenu le Prix National de la critique de la poésie en castillan 1989. Il a réuni son œuvre poétique dans Variaciones y reincidencias (deux éditions, 1997 et 2019 ; inclut La destrucción o el humor, 1980; En la perfecta edad, 1982; Variaciones y reincidencias, 1985; Los mejores años, 1991 ; Ulises, 1996; Nada importa nada, 2011; Una mala vida la tiene cualquiera, 2014, et La vejez del poeta, inédit en livre). Il a également publié deux livres autobiographiques (Memorias de un antihéroe, 2007; El purgatorio, 2014), un recueil d’aphorismes (Hablando solo por la calle, 2016) et, depuis 2015, de la prose narrative (El miedo, la suerte y la muerte, 2015 ; No sueñes conmigo, 2017 ; El corazón de oro y otros relatos, 2019), et les romans La matanza de Collejas (2021) et La primera que lo llamó Alain Delon (2023).


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