Projet « La Force des Femmes » : appels à communication

LA FORCE DES FEMMES, HIER ET AUJOURDHUI
(XIVE-XXIE SIÈCLE)

RESPONSABLES DU PROJET :
ARIANE FERRY ET SANDRA PROVINI

COMITÉ SCIENTIFIQUE DU PROJET
Éric AVOCAT (Université d’Osaka, Japon), Anna BELLAVITIS (Université de Rouen), Anne DEBROSSE (SIEFAR), Diane DESROSIERS (Université McGill, Canada), Myriam DUFOUR-MAÎTRE (Université de Rouen), Marie FRANCO (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), Véronique GÉLY (Université Paris 4 Sorbonne), Nathalie GRANDE (Université de Nantes, SIEFAR), Claudine POULOUIN (Université de Rouen), Jean-Marie ROULIN (Université Jean Monnet, Saint-Étienne).

PRÉSENTATION DU PROJET « LA FORCE DES FEMMES, HIER ET AUJOURDHUI (XIVE-XXIE SIÈCLE) »

Que nous apprend l’histoire de la littérature et des arts de la force féminine, de sa définition, de ses usages et de ses représentations ? Le mot en soi, dès lors qu’on le rapporte aux femmes, soulève toutes sortes de problèmes qui tiennent d’abord aux multiples sens du mot « force », dès le latin, mais surtout à ses usages à partir du moyen français : fortia – de fortis – désigne un acte de force et de courage, mais « force » en français semble avoir d’abord eu plus de signifiants négatifs (violence, torture, viol, contrainte), que de signifiants positifs (vigueur, fermeté, courage), avant de se charger pleinement des sens de « fortitude », du latin fortitudo, qui désigne notamment dans la pensée chrétienne la vertu cardinale reprise par les Pères de l’Église à la typologie platonicienne des vertus, le mot désignant dans cette acception la constance, le courage, et devenant synonyme de magnanimité ou grandeur d’âme.

L’étude lexicologique et l’examen des emplois du terme et de ses synonymes révèlent une association de force à l’énergie, vis, vigueur capable de produire un effet, mais aussi à la vertu, virtus, dont la racine est vir, « l’homme », par opposition à la femme. L’ordre des sexes et des genres, et par delà l’ordre social, fait de la force un attribut du masculin. La conséquence en est que lorsqu’une femme est « forte », elle est considérée comme virile, virago. Françoise Héritier, dans Masculin/Féminin (1996), observe que les femmes qui ont la « force » dans la société des Indiens Piegan canadiens sont appelées femmes « à coeur d’homme ». Cas extrême, les Amazones, littéralement « sans sein » (mazos), traduisent par cette mutilation leur volonté d’autosuffisance androgyne. La force – usage de la violence / courage – dénature-t-elle donc les femmes – question qui présuppose, suivant le lieu commun aristotélicien, qu’il y aurait une nature féminine plus douce, pacifique, passive, faible que celle des hommes ?

s’est fait, dans le contexte d’une anthropologie et d’une sociologie de la différence des sexes, pour stigmatiser les femmes violentes. Parallèlement, le discours moral qui s’est développé au cours de la « querelle des femmes », depuis la fin du Moyen Âge, offre un regard ambivalent, sous la plume d’auteurs engagés soit dans le camp « féministe », soit dans le camp misogyne, sur les mêmes figures de femmes fortes, par exemple Didon, tantôt veuve admirable, chaste et vertueuse, tantôt reine succombant à une folle passion. Si les représentations littéraires participent à la construction des stéréotypes de genre et des images antagoniques de la force, du côté du crime ou du côté de la vertu, la littérature peut aussi proposer un contre-récit qui questionne les évidences apprises, les perturbe en donnant une vision positive du meurtre ou de l’action politique violente, et en questionnant la vision traditionnelle des usages admirables de la force féminine qui renvoient la femme davantage à sa capacité à souffrir le mal plutôt qu’à le commettre, à sa patience plutôt qu’à l’action et à la transgression.

C’est cette ambivalence qu’un cycle de quatre colloques, organisé par le CÉRÉdI, voudrait explorer dans le champ des représentations littéraires, théâtrales et cinématographiques. Nous proposons une enquête collective sur les représentations de la force féminine – envisagée à travers ses actualisations violentes et inquiétantes (le meurtre, le combat, la torture, l’action terroriste, etc.) et ses actualisations admirables (le courage, la résistance, la ténacité) – et les présupposés idéologiques qui les ont accompagnées à travers les siècles.

Les deux premiers colloques s’interrogeront sur la femme criminelle, appelée parfois déviante, dans des genres qui lui ont fait la part belle : Figures et personnages de criminelles, des histoires tragiques au roman policier (1) – COMITÉ DORGANISATION : Ariane FERRY et Sandra PROVINI ; Le spectacle du crime féminin sur la scène et dans le cinéma européens (2) COMITÉ DORGANISATION : Ariane FERRY, Judith LE BLANC et Sandra PROVINI ; les deux suivants tenteront d’interroger les représentations du courage féminin de manière diachronique : de voir comment la femme forte a longtemps constitué un modèle et un contre-modèle – Figures de ‘femmes fortes’ (XIVe-XVIIIe siècles) : modèles et contre-modèles (3) COMITÉ DORGANISATION : Ariane FERRY, Judith LE BLANC et Sandra PROVINI – et, dans un second volet de l’enquête, d’examiner comment les temps modernes ont soit renouvelé certaines figures (la combattante, la sainte, la femme de pouvoir, etc.), soit inventé d’autres figures de la force féminine (la militante, la journaliste, l’aventurière, la résistante, la mère qui travaille, etc.) Figures de ‘femmes fortes’ (XIXe-XXIe siècles) : nouvelles représentations du courage féminin, nouveaux enjeux (littérature, théâtre, cinéma, documentaire) (4) COMITÉ DORGANISATION : Ariane FERRY, et Sandra PROVINI.

Contact :arianeferry@univ-rouen.fr

Lien : http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/main/?presentation.html