Particules modales et types d’énoncés en allemand : syntaxe, sémantique, prosodie

Date : 14 janvier 2020 (séance reportée à une date ultérieure)
Horaire : 16h30-18h00
Lieu : UFR LSH | Bât. 3 | Salle A600 | Mont-Saint-Aignan

Pierre-Yves Modicom est maître de conférences en études germaniques à l’université Bordeaux-Montaigne. Il est membre du e Centre Interdisciplinaire d’études et de Recherches sur l’Allemagne.

L’allemand dispose d’un ensemble assez riche de particules énonciatives. Au sein de cet ensemble aux contours poreux, on distingue une classe étroite de formes constituant un paradigme formel et fonctionnel spécifique : les particules modales. Ces particules sont considérées comme prosodiquement déficientes ou inaccentuées, pour des raisons liées à leur grammaticalisation selon les uns (Abraham 1991) et à leur contenu méta-propositionnel pour d’autres (Gutzmann 2015). Au demeurant, cette déficience prosodique souffre quelques exceptions contextuelles sur lesquelles on reviendra, à la suite de Meibauer (1994). Les particules modales ne s’associent jamais à un constituant en particulier et ne sont licites qu’en position post-verbale, là encore avec une exception qu’on évoquera brièvement, dans les interrogatives partielles. Plus précisément, les particules modales semblent devoir être placées à la jonction du thème et du rhème (Grosz 2016) Sur le plan fonctionnel, elles sont réputées marquer les anticipations du locuteur concernant la ratification de son propos par l’interlocuteur (König 1991, Waltereit 2006). Elles interagissent fortement avec le type d’énoncé (Satzmodus, sentence mood ; Jacobs 1991), au point d’être semi-obligatoires dans certaines constructions ; toutes les particules modales ne sont pas licites dans tous les types d’énoncés, tandis que certaines sont également acceptables dans certains types de subordonnées.

L’objet de l’exposé sera de revenir sur la combinatoire entre particules modales et types formels d’énoncés (Kwon 2005, Alm et al. 2018). Le propos s’inscrira dans le sillage des analyses compositionnelles des types formels d’énoncés, vus comme configurations de marqueurs syntaxiques et prosodiques (Truckenbrodt 2006). On portera une attention particulière aux différents types d’énoncés injonctifs, qui peuvent poser problème dans la mesure où les particules modales ont souvent été définies comme épistémiques (Doherty 1985), et aux énoncés exclamatifs, pour lesquels il existe plusieurs types formels très différents et qui posent de façon assez crue la question de la nature de l’intersubjectivité mise en jeu par les particules (Larrory-Wunder 2017). Ces deux types illocutoires présentent en outre des exceptions significatives à la thèse de la déficience prosodique des particules, qui sera réexaminée dans la perspective du lien entre prosodie, structure informationnelle et types d’énoncés.

Références

  • Abraham, Werner. 1991. The grammaticization of the German modal particles. In : Traugott, Elizabeth Closs & Bernd Heine (dir.), Approaches to grammaticalization, Volume II. Types of grammatical markers. Amsterdam : John Benjamins. 331-379.
  • Alm, Maria, Janina Behr & Kerstin Fischer. 2018. Modal particles and sentence type restrictions: A construction grammar perspective. Glossa: A Journal of General Linguistics, 3(1). 133.
  • Doherty, Monika. 1985. Epistemische Bedeutung. Berlin (DDR): Akademie-Verlag.
  • Grosz, Patrick. 2016. Information Structure and Discourse Particles. In: Féry, Caroline & Shinichiro Ishihara (dir.), The Oxford Handbook of Information structure. Oxford : Oxford University Press.  336-358.
  • Gutzmann, Daniel. 2015. Use-conditional meaning. Studies in multidimensional semantics. Oxford: Oxford University Press.
  • Jacobs, Joachim. 1991. On the semantics of modal particles. In: Abraham, Werner (dir.), Discourse Particles: Descriptive and theoretical investigations on the logical, syntactic and pragmatic properties of discourse particles in German. Amsterdam: John Benjamins. 141-162.
  • König, Ekkehard. 1991. The meaning of focus particles. A comparative perspective. Londres: Routledge.
  • Kwon, Min-Jae. 2005. Modalpartikeln und Satzmodus: Untersuchungen zur Syntax, Semantik und Pragmatik der deutschen Modalpartikeln. PhD Thesis, LMU München.
  • Larrory-Wunder, Anne. 2017. Exclamation et intersubjectivité en allemand. Revue de Sémantique et de Pragmatique 40. 79-98.
  • Meibauer, Jörg. 1994. Modaler Kontrast und konzeptuelle Verschiebung. Studien zur Syntax und Semantik deutscher Modalpartikeln. Tübingen: Niemeyer.
  • Truckenbrodt, Hubert. 2006. On the semantic motivation of syntactic verb movement to C in German. Theoretical Linguistics 32, 257-306.
  • Waltereit, Richard. 2006. Abtönung. Zur Pragmatik und historischen Semantik von Modalpartikeln und ihren funktionalen Äquivalenten in romanischen Sprachen. Tübingen: Niemeyer.