Le théâtre kurde, des spectacles de divertissement mais avec un fond sociopolitique : vers une scène d’expression politique

Shwan Jaffar, enseignant au département Eurasie, INALCO

Selon les témoignages d’historiens, de spécialistes kurdes et d’orientalistes ayant visité le Kurdistan, il existait depuis longtemps – et jusqu’aux années 1930 – chez les Kurdes des  différentes formes de spectacles, (dit traditionnels) ; certains propres à leur culture d’autres empruntés à des cultures voisines. Pour des raisons principalement politiques et du fait de la modernisation de la société ou de l’influence des pays proches, ces cérémonies festives et religieuses ont été remplacées par un théâtre de forme occidentale, c’est-à-dire fondé sur un texte et présenté dans un lieu, avec une nette séparation de deux espaces : la scène et la salle.

Dès son apparition, en 1919, ce nouveau théâtre s’est engagé dans des actions de développement socioculturel, d’éveil du sentiment national et de revendications politiques, celles-ci prenant souvent le pas sur les autres à cause du contexte géopolitique du Kurdistan. Cependant, il ne s’agit pas d’un théâtre purement engagé sur une base d’idéologie politique, mais plutôt d’un théâtre défenseur des droits et de l’identité des Kurdes.

Nous décrirons ces pratiques performatives, nous verrons comment et pour quels motifs ces spectacles ont fait place à ce nouveau théâtre à l’européenne. Seront étudiés successivement : le spectacle de Mirimiran (Le prince des princes), le Tae’zieh chez les Kurdes musulmans chiites et le théâtre politique au Kurdistan d’aujourd’hui (principalement en Irak).