Le jeu entre vérité et fiction dans la métafiction historiographique

Intervention de Marie-José Hanaï et de Romain Magras (U. Rouen, ERIAC)

Séance du séminaire « Transferts, hybridation: histoire, discours, fiction » (cliquez sur le lien pour retrouver le programme du séminaire et toutes les informations).

Dans le dernier tiers du XXe siècle, au même moment où l’historiographie, française principalement, se donne de nouveaux objets et de nouvelles méthodes pour aborder l’Histoire, le genre romanesque renouvelle son approche de celle-ci au sein de ce que la critique littéraire a convenu de nommer le « roman historique ». Cette appellation dit en elle-même l’hybridité de deux types de récits : l’un est censé raconter les faits historiques au plus près de leur réalité passée, l’autre s’ouvre à l’invention que suppose la fiction. Comment concilier l’ambition de vérité du récit historiographique et le mensonge impliqué par le maniement de la fiction ? Le roman historique, qui emprunte aux sources et au discours de l’historien une certaine représentation de la réalité historique afin de l’intégrer à sa diégèse, réfléchit sur sa propre conception et sur son statut de texte fictionnel capable de dire lui aussi l’Histoire sur la base de vérités multiples nées de l’invention.

Notre intervention entend faire le point sur les réflexions théoriques qui, à partir de Paul Veyne, posent la dialectique vérité/fiction comme dynamique d’un nouveau regard sur l’écriture de l’Histoire. À partir de là, nous nous interrogerons sur la spécificité de la réécriture de l’Histoire par la fiction dans une production littéraire identifiée par la critique comme « le nouveau roman historique latino-américain » : dans quelle mesure la tradition historiographique et l’histoire récente de la littérature latino-américaines contribuent-elles à poser cette dialectique dans la fiction avec une acuité toute particulière ? Nous proposerons enfin, grâce à certains exemples, d’envisager les différentes tonalités ou les diverses stratégies maniées par les auteurs qui nous intéressent pour fictionnaliser l’Histoire.

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Marie-José Hanaï est professeure des Universités dans le domaine de la littérature hispano-américaine contemporaine au Département d’Études Romanes de l’Université de Rouen. Son travail de recherche est principalement consacré à l’étude du nouveau roman historique latino-américain, plus particulièrement mexicain, depuis les années 1970 jusqu’à nos jours. Après une thèse de Doctorat sur la réécriture de l’Histoire et la projection d’un futur apocalyptique dans les romans de Carlos Fuentes, Fernando del Paso, Homero Aridjis et Eugenio Aguirre, elle s’est intéressée au roman historique postmoderne écrit par des auteures mexicaines, et à l’œuvre de Cristina Rivera Garza et Ana García Bergua. Elle a aussi publié des articles sur l’œuvre de Mario Vargas Llosa.

Romain Magras est maître de conférences en littérature latino-américaine au Département des Langues Etrangères Appliquées de l’Université de Rouen et traducteur littéraire. Ses travaux de recherche portent sur le nouveau roman historique latino-américain, plus spécifiquement argentin. Après une thèse de Doctorat principalement consacrée à l’étude des rapports entre l’histoire et la fiction dans les œuvres romanesques d’Abel Posse (1934), il a également publié des travaux sur la prégnance de la célébration du (bi)centenaire de l’indépendance argentine dans les œuvres de Leopoldo Lugones (1874-1938) et d’Abel Posse. Il travaille actuellement sur la fictionnalisation de figures historiques féminines dans l’œuvre de la romancière argentine María Rosa Lojo (1954).