1re journée “La guerre et après”

Date : 29 mars 2019
Horaire : 09h30-17h00
Lieu : UFR LSH | Bât. 3 | Salle du Conseil | Mont-Saint-Aignan

Cette journée d’étude, « La guerre et après », inaugure un chantier de recherche et un cycle de rencontres éponymes qu’initie le réseau de recherche interdisciplinaire franco-québécois « Prendre en compte la vulnérabilité : définir, partager, agir ». Autour d’une équipe, dont les membres – français et québécois – sont issus de champs disciplinaires et professionnels diversifiés (historiens, philosophes, médecins, spécialistes de littérature et de narratologie, psychologues, etc.), le chantier « La guerre et après » cherche à interroger la notion vulnérabilité, cette possibilité – ce risque – d’être blessé physiquement comme moralement, dans la perspective d’une réflexion en éthique militaire.

Georges Dumézil, dans Heur et malheur du guerrier, insiste sur les « fatalités de la fonction guerrière ». Puisant sa réflexion dans les mondes anciens (indien, romain, germanique, scandinave) et leurs mythologies, l’historien et anthropologue souligne l’inéluctable exposition du guerrier au péché : « de par sa fonction et pour le bien général, il est contraint de commettre des péchés »[1]. Le groupe social que constituent aujourd’hui les militaires se révèle effectivement marqué par cette violence et l’affranchissement – certes encadré – de la loi commune. Or, celui-ci connaît une contrepartie : d’une part, l’exposition volontaire au risque et à la blessure jusqu’au sacrifice ultime éventuel (pendant la guerre), d’autre part, la confrontation – active comme passive – à des actes contraires aux valeurs et idéaux moraux du soldat et/ou de son environnement social civil (après la guerre). La prise en compte et en charge de cette double vulnérabilité, qui en outre se heurtent souvent au lieu commun de l’invulnérabilité du guerrier, demeurent encore fragiles et faillibles. C’est fort de ce constat qu’a pris corps l’idée de ce chantier et de cette première journée, dont le titre, « La guerre et après » vise à interroger la vulnérabilité du soldat sur le terrain, dans le cadre des conflits, y compris ceux contemporains, mais aussi dans l’après-guerre, dans le contexte de retour du soldat, du vétéran, dans son pays d’origine, un retour à la vie civile dans le temps de l’après.

Fidèle à l’approche méthodologique et directrice privilégiée par le projet « Prendre en compte la vulnérabilité : définir, partager, agir », il s’agit certes de progresser dans la définition de ce qu’est la vulnérabilité, de déterminer dans quelle mesure une élucidation de cette notion permet de dégager des éléments de réflexion en éthique militaire, mais cet effort de compréhension doit avant tout en passer par une approche privilégiée des récits, des témoignages de soldats, de vétérans, de résistants, voire de victimes du terrorisme, par une approche aussi de la littérature de guerre et des représentations de celle-ci. La complémentarité entre les chercheurs (pour peu qu’ils encouragent l’expression d’une parole non-académique) et les praticiens civils et militaires (pour peu qu’ils s’ouvrent à une démarche réflexive) s’avère ici fondamentale. C’est en effet à partir des récits, dans leur mise en regard distanciée et critique, que progressivement pourront se dégager des éléments d’analyse et de compréhension de ce qu’est la vulnérabilité du combattant, en contexte de guerre ou d’après-guerre. Ces éléments de compréhension dégagés, il s’agira alors de déterminer dans quelle mesure ils sont susceptibles d’apporter des outils efficaces afin de mieux prendre en compte et en charge la vulnérabilité du soldat sur le terrain et dans le cadre du retour à la maison.

[1] G. Dumézil, Heur et malheur du guerrier. Aspects mythiques de la fonction guerrière chez les Indo-Européens [1969], Paris, Flammarion, 1985, p. 127-129.

PROGRAMME

En cours d’élaboration